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Alexandre Jardin : "Méfiez-vous des faux candidats anti-système !"

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Alexandre Jardin est depuis toujours un homme engagé sur le terrain aux côtés des citoyens. L’écrivain et cinéaste ne ménage pas son temps pour porter les valeurs de l’Appel des mouvements citoyens souhaitant désigner un candidat à l’élection présidentielle qui ne fasse pas partie des formations politiques, mais qui représente la France de ceux qui travaillent au quotidien pour l’intérêt général, les « Faizeux ». Rencontre avec un candidat anti-système vraiment différent des autres.

 

 

De quand date votre engagement citoyen sur le terrain et qu’est-ce qui l’a motivé ?

 

Alexandre Jardin : D’abord une histoire familiale aux aguets de la chose publique, une histoire double que tous les écrivains n’ont pas. Je suis issu de deux histoires familiales, l’une connue, l’autre pas. Celle que tout le monde connaît, c’est celle de mon père Pascal Jardin, lui-même fils de Jean Jardin, dit le Nain Jaune, le directeur de cabinet de Pierre Laval sous le régime de Vichy. L’autre c’est celle de Philippe Landrieu, le grand-père de maman qui était le bras droit et l’ami intime de Jean Jaurès, qui fut également longtemps l’administrateur du journal l’Humanité.

 

Toute mon enfance, j’ai baigné dans les récits de ma grand-mère et de ma grande tante qui me racontaient l’époque de Jaurès. Pour ces gens, être de gauche, ce n’était pas le dire, mais c’était faire des choses. Pour ces fondateurs des boulangeries sociales, c’était agir et non pas demander à l’Etat de le faire.  Mes premières admirations politiques ont donc été pour ces gens qui ont vraiment fait des choses pour l’intérêt général.

 

 

Qu’est-ce que le fait d’être aussi le petit-fils de Jean Jardin évoque a contrario pour vous ?

 

C’est une toute autre histoire. Cet autre côté, beaucoup plus sombre, m’a appris la profonde traitrise des élites françaises, un vieux phénomène qui se renouvelle pourtant constamment, comme ne cesse de nous le prouver l’actualité politique. Les plus dangereux ce sont des gens comme eux, comme mon grand-père Jean Jardin. 

 

Des gens a priori très bien, qui au premier abord n’avaient pas l’air du tout dangereux, sauf que le jour du Vél d’Hiv’ qui a vu l'arrestation par surprise de plus de treize mille Juifs parisiens de 2 à 60 ans, mon grand-père était le directeur de cabinet de Pierre Laval…  

 

 

Vous parlez d’une trahison des élites récurrente…

 

Oui, cette trahison des élites françaises est récurrente dans notre Histoire, parce qu’elle fonctionne dans des logiques hors-sol, sans lien direct avec la population, sans lien avec nous, les citoyens. Peu de gens le savent, mais un homme comme mon grand-père connaissait toutes les élites nazies depuis 1936. Il n’arrêtait pas de faire des trajets entre l’Allemagne et la France. Ils se connaissaient, ils dînaient ensemble. Depuis toujours, il y a une collusion des élites dans notre pays.

 

 

Cette trahison des élites a-t-elle toujours cours actuellement en France ?

 

Oui bien entendu et c’est pour cela que les citoyens ne se retrouvent plus dans le système politique français, ni dans les élites françaises de gauche ou de droite. Prenez l’exemple de l’affaire Fillon.

 

Ça révèle quoi ? Je pense François Fillon sincère, mais ce qui est grave, c’est qu’il ne mesure pas ce qu’il a fait. Il ne mesure pas le choc que ça provoque à la base, chez nos concitoyens. Il est dans une autre réalité où pour lui ce n’est pas si grave. Il ne se rend absolument pas compte du montant colossal des sommes qui sont en jeu, face aux revenus désespérément en baisse des Français, face à la montée très inquiétante du chômage et de la précarité en France.

 

Depuis des années en France, on a affaire à des dérives qui ont été banalisés. De plus en plus, on a affaire à une folie technocratique qui prend appui sur un discours rationnel. D’où cette dérive…

 

 

Pour vous, est-ce aussi vrai à gauche qu’à droite ?

 

Oui, parce que les partis traditionnels de gauche comme de droite fonctionnent uniquement et sont donc pilotés uniquement avec des gens issus des grands corps de l’Etat, Polytechnique, l’ENA.

 

 

Même un candidat comme Emmanuel Macron, dont le mouvement « En marche » ne se positionne ni à gauche, ni à droite ?

 

Emmanuel Macron est tout sauf un candidat anti-système ! Il est issu de cette technocratie. Les grands corps de l’Etat, l’élite française, la haute finance, c’est son histoire, c’est sa vie !

 

 

Qu’est-ce qui a véritablement motivé votre engagement citoyen en dehors de votre propre histoire ?

 

Le virage s’est opéré à la fin des années 1990. J’étais alors ce qu’on appelle un écrivain à succès, je pensais encore essentiellement à moi. Et puis, il y a eu la montée du Front National. Ça a été le vrai déclic ! J’ai vu dans cette montée, non pas le vote de gens forcément extrémistes, mais de gens qui en avaient assez des élites, qui exprimaient leur ras le bol et qui votaient différemment pour exprimer leur mécontentement, leur exaspération. J’ai donc créé en 1998 un premier mouvement, le relai civique, dont l’objectif était de repérer les expériences citoyennes réussies sur le terrain et d’étudier comment les étendre partout en France. Et ça marche !

 

Quand un citoyen agit, il cesse de râler, il devient acteur de son destin, il a prise sur son avenir. C’est ainsi qu’on a pu lancer « Lire et faire lire » qui est issu de cette première expérience, un vrai succès populaire qui touche aujourd’hui 650 000 enfants grâce au travail de 19 000 bénévoles partout en France. Ça m’a prouvé que les recettes de ma grand-mère elles marchent, dès que l’on parle d’actions réelles sur le terrain. Je parle des actions qui améliorent la vie des gens au quotidien, avec l’aide des vrais gens.

 

Et puis, il y a quatre ans, on a lancé le mouvement « Bleu Blanc Zèbre », parce que sur le territoire, dans les villes et les villages, j’aperçois chaque jour toutes les solutions concrètes qui fonctionnent et dont on ne parle pourtant jamais au journal de 20h. J’ai donc décidé de consacrer toutes ces années, tout mon temps, à ce travail de repérage des solutions qui marchent et que l’on peut généraliser ailleurs. Nous en sommes à plus de 300 actions qui fonctionnent vraiment et ce n’est que le début !

 

 

Vous vous appuyez aussi sur les élus locaux, sur les maires des petites communes. Pourquoi ?

 

Parce que de nombreux élus locaux ont trente ans d’avance ! Parce que l’Etat ne leur donne plus les moyens de leur action, ils sont obligés de trouver eux-mêmes des idées nouvelles et ils  innovent au quotidien avec l’aide des associations et de leurs administrés. Tous ces gens qui agissent au quotidien sur leurs territoires, que nous appelons les « Faizeux », font progresser cette conscience collective qu’il est possible d’agir et de faire de la politique, au sens de « gestion de la cité », autrement.

 

 

Pourquoi avez-vous décidé d’être candidat à l’élection présidentielle de 2017 ?

 

La raison principale, c’est qu’on n’a plus le temps ! Il faut agir vite et acter la transformation profonde de notre société par le bas, et non laisser les élites françaises gouverner par le haut comme elles l’ont toujours fait et avec les nombreuses dérives qu’on connaît.

 

On ne peut pas non plus laisser le Front National capter les voix de celles et ceux qui n’en peuvent plus et qui veulent un autre modèle de société participative. Je pense qu’on est entré dans une telle décomposition qu’il faut réagir et agir vite. Je suis en train de recueillir les 500 signatures me permettant d’acter ma candidature officielle en mars. Et si les élus locaux me font confiance, j’aurai le même temps de parole que les autres candidats et nous pourrons alors faire entendre nationalement les voix de plus en plus nombreuses des faizeux.

 

Ma candidature n’a donc rien d’utopique. Elle part du bas pour représenter tous ceux qui ne croient plus dans les partis traditionnels.

 

 

Quelles seront vos premières mesures si vous êtes élu ?

 

Nous proposons volontairement un programme en rupture avec tout ce qui a toujours été fait jusqu’à présent. Tous les candidats annoncés promettent qu’ils feront la révolution des « 100 premiers jours ». On est habitué aux promesses non tenues et on n’en veux plus ! Notre programme comprend à la fois des actions à très court terme mais aussi des mesures massives avec des réformes qui vont toucher à la structuration même de notre pays. 

 

Il s’agira par exemple dès le mois de septembre 2017 de fractionner les départements actuels en bassins de vie. Nous mettrons en place une véritable décentralisation en confiant le pilotage des actions, au niveau des bassins de vie, aux élus locaux. Nous mettrons en place une véritable démocratie citoyenne avec des procédés démocratiques citoyens directs et des référendums locaux. Il s’agit d’un changement massif et profond.

 

Le politique doit garder le quoi faire mais pas le comment. Nous nous attèlerons également à une réforme en profondeur du RSI, en nous appuyant sur l’expertise des corps intermédiaires, secteur par secteur. Pourquoi un artisan ou un commerçant qui paye le RSI ne serait-il pas enfin associé à la refonte profonde du système qu’il fait lui-même fonctionner par la quantité et la qualité de son travail ? Ce n’est pas normal. Il faut donc changer les choses.

 

 

Quel est votre différence de fond avec Emmanuel Macron ?

 

L’authenticité ! Dans le programme que je défends, ce sont les citoyens eux-mêmes, les Faizeux, dans chaque bassin de vie, qui auront le pouvoir, et non pas les grands corps de l’Etat comme dans le système Macron. Et qui dit authenticité, dit aussi vérité. Je ne dis pas qu’Emmanuel Macron ne pense pas ce qu’il dit, je constate qu’il n’est pas ce qu’il dit !

 

Mes leviers sont populaires, les siens viennent des élites et de la haute finance. Il faut se méfier des faux candidats anti-système ! Le Front National a une proximité très forte avec de nombreux élus et Emmanuel Macron est un pur produit des grands corps de l’Etat. Marine Le Pen et Emmanuel Macron, même s’ils ne défendent pas les mêmes idées ni les mêmes valeurs, font partie comme les autres du système qu’ils dénoncent.

 

 

Réussirez-vous à obtenir vos 500 parrainages ?

 

Oui, je le pense sincèrement. Cependant, ce qui complique la donne en effet c’est la règle qui oblige les élus locaux à rendre public le nom des élus qui parrainent un candidat. Ceux qui m’ont déjà apporté leur soutien ou qui vont le faire dans les semaines à venir sont des élus locaux vraiment très courageux. Ces élus locaux, ces maires, veulent changer notre pays en profondeur, malgré les énormes pressions qu’ils subissent de la part des partis traditionnels pour qu’ils ne me donnent pas leur parrainage.

 

 

Comment financerez-vous votre campagne présidentielle ?

 

Selon la loi française, une partie des frais de campagne avancés par un candidat sont remboursés à l’issue de la campagne. Le reste sera financé par les citoyens eux-mêmes par la méthode du financement participatif. Nous ne ferons pas de grands meetings dans des salles très onéreuses. Nous nous réunirons dans des cafés, sur des places publiques, dans des associations, chez les citoyens et j’irai dormir chez les gens qui voudront bien m’accueillir.

 

 

Qui finance votre action citoyenne depuis que vous avez lancé vos différents mouvements associatifs ?

 

Depuis toutes ces années, je me finance tout seul et j’ai dépensé pour cela mon argent personnel. Je vis de mes droits d’auteur que j’utilise pour financer tous mes déplacements sur le terrain puisque je sillonne tout au long de l’année la France entière. Jusqu’à présent, j’ai toujours payé tous mes frais avec mes fonds propres. Il m’arrive aussi parfois d’être invité.

 

 

Quel sera votre plan d’action contre le chômage ? Et que pensez-vous du revenu universel prôné par le candidat Benoît Hamon ?

 

Partout dans le monde, les seules politiques en faveur de l’emploi qui marchent sont des actions locales portées par des territoires. Notre programme compte redonner aux bassins de vie le pouvoir des actions créatrices d’emplois. Nous comptons mettre en place un Grenelle du Travail sur le thème du revenu universel et sur toutes les questions tournant autour de la problématique du travail et de l’emploi. Car on ne peut pas parler de revenu universel sans traiter l’épineuse question du contrat de travail.

 

Parler de revenu universel sans traiter en même temps les questions de protection sociale, d’aides, d’impôts et de droit du travail ne veut rien dire ! Ce qui est essentiel, c’est de pouvoir imaginer de nouveaux systèmes qui intègrent tout le monde, tout en simplifiant les procédures et en les sécurisant. Le système actuel ne marche pas car il est excluant. C’est pour toutes ces raisons que je vous parle de mettre en place des réformes en profondeur qui touchent à la structuration même de notre société. Il faut donc à la fois engager des mesures très rapides et lancer de grands programmes citoyens sur le moyen terme.

 

 

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