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Alexia Laroche-Joubert : "l'envie est un profond moteur de réussite"

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Tombée dans la potion magique de la télévision à sa naissance, Alexia Laroche-Joubert est une pionnière de la télé-réalité en France, avec un parcours au service du petit écran aussi exceptionnel que varié. L'ex-directrice de la Star Ac' et productrice du Loft produit est un manager à la tête d’une équipe de plus de 300 personnes, exportant ses concepts à l’international.

Avez-vous toujours voulu être productrice de télévision ? Quel en a été le véritable déclencheur ?

 

Alexia Laroche-Joubert : En fait, j’ai voulu exercer plein d’autres métiers ! A l’âge de 12 ans, passionnée par le cinéma néo-réaliste italien, je rêvais d’être réalisatrice. Puis j’ai voulu devenir psy, parce que je m’intéresse aux autres, aux différents parcours de vie. Un peu plus tard, j’ai voulu devenir flic, pas pour défendre la veuve et l’orphelin, mais pour découvrir l’autre côté du miroir.

 

En fait, il y a une logique dans tout cela : essayer de comprendre ce qui fait qu’une vie peut basculer. Finalement, en consacrant ma vie à la télévision, j’ai fait un peu tout cela à la fois : j’ai informé les gens, je les ai filmés et je les ai même psychanalysés ! (rires) Vous l’aurez compris, ce que j'aime par-dessus tout, ce sont les contacts humains. Bien entendu, j’ai une relation très forte au monde de la télévision depuis ma naissance : une maman grand-reporter, un père publicitaire et un beau-père patron de chaîne. J’ai donc eu le virus très tôt.

 

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Petite déjà, maman m’emmenait avec elle en salle de montage. Mon amour pour les histoires à raconter et pour la télévision est né en salle de montage. A 17 ans, j’ai finalement décidé de ne pas devenir Commissaire de police, pour me tourner vers la télévision. Pour gagner du temps et apprendre plus vite, j’ai travaillé pendant toute la durée de mes études supérieures. J’ai donc toujours bossé pour la télévision, depuis mes débuts à Canal + jusqu’à aujourd’hui.

 

Je suis devenue chef d’entreprise, à la tête de ma propre société de production, il y a 8 ans seulement. Avant cela, j’avais une fonction dans la production beaucoup plus artistique, puisque ce n’était pas moi qui vendais les programmes en France comme à l’international. Produire et vendre sont deux métiers certes complémentaires mais très différents.

 

Vous êtes aujourd'hui Managing Director dans le groupe Banijay, après avoir été à la tête de votre propre structure. Que vous apporte au quotidien cette collaboration ? Une force de frappe plus importante ?

 

J’ai rejoint Stéphane Courbit, avec lequel j’avais déjà travaillé pendant 13 ans, parce que c’est un véritable chef d’entreprise, courageux, visionnaire et profondément fidèle. Il a monté avec Banijay un groupe international, leader. Vous savez, être un producteur indépendant en France, c’est compliqué. La production demande des moyens humains et financiers importants et il est quasiment impossible de vendre des concepts à l’international sans la force de frappe d’un grand groupe.

 

Ma fonction de Managing director est passionnante, enrichissante, car elle me permet à la fois de vendre des concepts de télévision tout en gardant le regard artistique qui est le mien, entourée par une équipe de qualité. Ce qui est fabuleux quand on est chef d’entreprise c’est qu’on choisit les gens avec lesquels on veut travailler.

 

Cela me permet de m’entourer de personnalités très compétentes, que je choisis délibérément plus compétentes que moi ! (rires) Je n’ai jamais eu peur des gens qui veulent « être Calife à la place du Calife », à condition qu’ils soient fidèles, parce que c’est bien d’avoir de l’ambition et de vouloir grandir. Et mon objectif en termes de management justement, c’est de les aider à progresser rapidement dans leur carrière.

 

 

De quelle(s) émission(s) tout au long de votre parcours êtes-vous la plus fière ?

 

J’ai produit beaucoup d’émissions que j’ai toutes beaucoup aimées. Le Loft a été une aventure incroyable, un tournant, puisque c’était la première télé-réalité en France. Avec la Star Academy, j’ai connu l’ampleur d’une émission de divertissement, avec plus de 200 personnes sur le plateau, des invités internationaux prestigieux, un budget à la hauteur des enjeux, que l’on ne retrouvera peut-être plus jamais à la télévision.

 

Avec Miss France, j’ai réalisé un rêve d’enfant. Avec Une saison au zoo, on a apporté une nouvelle écriture sur le service public. Avec Les Marseillais, on s’inscrit dans une nouvelle forme de programmes que j’appelle la « série-réalité ».

 


Les femmes productrices ont-elles un regard différent, une façon bien à elles de mener les projets à la télévision ?

 

Je ne pense pas qu’il y ait de différences. A titre personnel, j’ai peut-être un management plus attentif à des problématiques féminines, notamment en termes d’horaires et de maternité.

 

J’ai une fibre féministe même si je n’ai rien d’une militante. Le le monde de l'entreprise demeure machiste. A la télévision, c’est vrai que les hommes ont longtemps relégué les femmes aux fonctions artistiques, et non financières, moins flatteuses pour les egos. Mais on note aujourd’hui des changements et une très grande féminisation de la profession.

 


Vous représentez la réussite au féminin dans ce monde très fermé de la production télévisée, peut-on dire qu'il y a un style Alexia Laroche-Joubert ?

 

Je ne sais pas si l’on peut parler d’un style, mais ce qui me caractérise depuis toujours c’est la prise de risque, y compris dans le management humain. Pour recruter des collaborateurs, je n’ai jamais misé sur l’expérience. L’âge importe peu pour moi, ce qui compte c’est la créativité, l’innovation, la capacité de travail. J’ai à mes côtés un ancien stagiaire, par exemple, qui est devenu en moins d’un an producteur d’une émission ! Ce qui me caractérise également, c’est que j’ai peu d’états d’âme et que j’assume très bien la pression. Mais le plus important, je crois, c’est que j’aime profondément la télévision, dont je suis une très grande consommatrice depuis toujours.

 


Nos lectrices interrogées vous décrivent comme une femme "spontanée", "libre", "naturelle", "enthousiaste", "sympathique", "pas prétentieuse", "drôle". Quel(s) adjectif(s) vous font le plus plaisir et pourquoi ?

 

Ça fait plaisir à entendre ! Parmi ces adjectifs, celui qui me fait le plus plaisir c’est « drôle », sûrement parce que c’est celui qui est le plus surprenant pour moi. Je n’ai pas eu une vie très drôle parce que j’ai connu beaucoup de drames personnels… mais j’ai toujours essayé de travailler avec cette forme de légèreté de l’être.

 

Etre drôle, c’est dans ma nature, mais ce n’est pas forcément ce que les gens voient en premier. Je trouve donc cela super !  « Pas prétentieuse »… oui, je suis la fille de ma mère. Et je peux vous assurer que quand vous avez une maman comme la mienne avec un tel parcours, vous ne vous la pétez pas ! (rires) « Enthousiaste », c’est ce que je suis depuis toujours, et j’ai gardé cette faculté de m’émerveiller qu’ont les enfants. J’ai un papa à qui il est arrivé beaucoup de choses difficiles et, malgré tout, il m’a appris à toujours voir la vie en technicolor !

 

 

Avez-vous été inspirée par d'autres femmes de télévision ? Dans le passé ou actuellement, qui suscite le plus votre admiration ?

 

Oui, Pascale Breugnot, bien entendu ! Une des premières grandes productrices françaises de télévision. C’est elle qui m’a donné ma chance sur TF1 à 27 ans. Je pense aussi à Fabienne Servan-Schreiber, qui s’est formée auprès de grandes signatures de l’audiovisuel, avant de devenir réalisatrice, puis productrice de cinéma et de fonder Cinétévé, sa société de production audiovisuelle indépendante. C’est un exemple pour moi. Elle est incroyable de talent, de force de vie, de bienveillance. Je pense enfin à Marie-Laure Sauty de Chalon (Ex-Carat France, à la tête d'auFeminin.com), une femme admirable, une chef d’entreprise hors-pair.
 

 

Sans parler de votre maman, Martine Laroche-Joubert ?

 

J’ai une admiration sans borne pour elle, mais pour moi, même si elle a fait une carrière exceptionnelle, c’est avant tout ma maman et je la vois comme telle ! Mais en plus de son affection, ce n’est pas tant l’ouverture sur la télévision que je luis dois. Non, ce qu’elle m’a transmis d’essentiel, c’est de m’avoir appris que rien n’est impossible dans la vie. Vous savez, à 11 ans, j’étais toujours dyslexique et j’avais de grosses difficultés avec l’orthographe. J’avais donc du retard et je n’ai donc appris à écrire qu’à cet âge-là. Maman ne m’a jamais dit que c’était impossible d’y arriver. Et ce cadeau-là, c’est un bien précieux, il est inestimable !

 

 

Le monde de la télévision n'est pas réputé pour être particulièrement tendre. Quelles qualités, d'après vous, vous ont permis de mener avec succès votre carrière ?

 

Je suis née avec en moi une forme de rage, un besoin absolu de réussite, non pas financière ni purement égotique, mais le profond désir faire partie de ceux qui font. « L’envie est un moteur auxiliaire » comme l’écrit Bernard Lavilliers. Il parait que je suis née avec les poings fermés et que je griffais tout le monde.

 

Ce n’était pas contre moi ni contre mes proches, mais c’était une force de rage très positive, comme une énorme force de vie qui ne demandait qu’à s’exprimer. J’ai en moi un côté guerrier qui fait que l’on peut me confier des opérations commandos.

 


Rêvez-vous de faire autre chose ? Imaginez-vous une reconversion possible ou souhaitez-vous continuer dans votre métier actuel le plus longtemps possible ?

 

On pense toujours à une reconversion, mais je ne me vois pas arrêter de travailler avant au moins mes 70 ans. Surtout, je ne me vois pas arrêter d’être en contact avec des gens. Peut-être un jour ferais-je tout autre chose, comme encadrer des tableaux par exemple ?

 


Aujourd'hui, conseilleriez-vous à des jeunes femmes d'entreprendre dans le monde de la télévision ? Et si oui, en leur donnant quels conseils ?

 

Oui, bien entendu. On peut réussir partout aujourd’hui. A la télévision, les choses sont en train d’évoluer et je conseillerais plutôt à ces jeunes femmes de faire HEC ou Polytechnique, car pour rejoindre les chaînes ou les maisons de production, ce sont des cursus aujourd’hui très appréciés. Mais d’autres voies sont encore possibles et l’on peut réussir aussi de l’intérieur, en passant par tous les métiers, même si les profils autodidactes sont cependant de plus en plus rares.

 

Quand j’ai démarré, j’ai fait des tas de petits boulots pour me former à la télévision pendant mes études : j’ai rangé des cassettes, j’ai été scripte, fait de la régie, j’ai même fait la météo sur TMS ! (rires)

 

Et votre philosophie de vie ? Résolument optimiste ?

 

Oui, je crois à ma bonne étoile ! Il faut savoir saisir les opportunités et toujours se faire confiance. L’envie est un profond moteur de réussite !

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