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Bruno Breton, CEO de Bloom : « Le RGPD est une opportunité majeure pour les start-up françaises »

Thibaut Veysset

Créée début 2017, la start-up Bloom est la première plate-forme d’intelligence artificielle dédiée à l’analyse qualitative et stratégique des réseaux sociaux. Ses algorithmes explorent les échanges publics pour y détecter les attentes des consommateurs, les nouvelles tendances, l’impact d’une marque et de sa communication. Le succès de sa croissance éclair montre l’enjeu de la maîtrise des données sociales. Explications de Bruno Breton, CEO de Bloom.

 

Quelle est votre position sur la protection des données personnelles ?

 

Le travail réalisé par la CNIL à travers le nouveau règlement européen de la protection des données est un virage historique dans le secteur des nouvelles technologies.

 

Le RGPD impose de passer d’une approche simpliste et quantitative à un traitement qualitatif complexe et respectueux des données privées, notamment dans le digital et les réseaux sociaux. Culturellement, les acteurs européens du digital savent mieux gérer la complexité et l’obligation de transparence que les industriels américains ou asiatiques.

 

C’est une opportunité majeure pour les start-up françaises de proposer de nouveaux services, de nouveaux process technologiques, de nouveaux produits. Pour les marques c’est l’assurance de KPIs plus transparents, plus proches de la réalité des performances de leurs campagnes, et une meilleure collaboration avec les grands acteurs social media, notamment Facebook qui a engagé un travail de fond sur ce sujet.

 

Enfin, la présidente de la CNIL Isabelle Falque Pierrotin insiste sur l’importance du nouveau droit à la portabilité : le pouvoir des données est dorénavant entre les mains de chacun, sans plus être exclusif à aucune plateforme - ce qui va profondément changer le paysage économique et technologique du web et des réseaux sociaux.

 

 

Quel regard portez-vous sur les récents scandales ayant touché les géants de la Silicon Valley, à commencer par Cambridge Analytica ?

 

Il faut faire la part des choses entre l’utilisation illicite des données privées par Cambridge Analytica et le rôle de Facebook. Il y a d’un côté un acteur qui détourne volontairement des informations privées à des fins politiques, et de l’autre Facebook, qui a subi une forme de « hacking » par manque de vigilance. Plus de 10 milliards de contenus sont échangés chaque jour dans les réseaux, dont la moitié sur Facebook ! Le travail de transparence et de protection engagé actuellement par les équipe de Mark Zuckerberg est sans commune mesure avec tout ce qui a pu exister dans le passé.

 

La finalité de cette histoire, c’est que le choix des européens avec le RGPD se révèle être une initiative visionnaire, une référence cible validée mondialement par tous les décisionnaires.

 


Vous êtes un homme de médias et de marketing. Pourquoi avoir décidé de vous investir dans l’analyse des réseaux sociaux ?

 

Parce que c’est précisément sur les réseaux sociaux que se jouent désormais l’information et le marketing. C’est là que les citoyens et les consommateurs se retrouvent très largement pour échanger, donner des avis, partager des informations. Plus des 3/4 d’entre eux consultent les réseaux sociaux avant toute décision d’achat.

 

Il y a aussi ce que l’on appelle dans le monde académique « le phénomène de convergence », qui montre le besoin vital des individus à appartenir à une ou des communautés. Pour les marques, les réseaux sociaux représentent un espace d’analyse essentiel et stratégique pour comprendre les nouveaux comportements.

 

Chez Bloom, nous récoltons sur les réseaux et analysons avec précision toutes les données qui permettent d’identifier l’évolution de la consommation, les nouvelles tendances, les attentes, les satisfactions, les déceptions, l’impact d’un produit et de sa communication. Ces contenus sont devenus fondamentaux pour les marques. Savoir les mettre à jour est un avantage qualitatif considérable. Sans insight pertinent, il n’y plus de marketing performant.

 

Songez que plus de 75 % des directeurs marketing disent ne plus comprendre les nouveaux comportements du consommateur, comme le montre une récente étude 2017 d’Adobe. Les marques ont plus que jamais besoin d’outils et de compétences pour se reconnecter avec leur communautés cible.

 


Quel entrepreneur êtes-vous ?


Ma vision du digital et des réseaux sociaux est une alliance objective entre connaissances sociales et process technologique. On donne souvent trop d’importance aux algorithmes en imaginant qu’ils vont répondre à toutes les questions. Je suis convaincu, avec les équipes de Bloom, que ce sont les relations et les organisations sociales qui transforment les nouvelles technologies, et non l’inverse. 

 

 

Quelle est la valeur ajoutée de Bloom par rapport à ses concurrents ?


Bloom a développé des algorithmes très puissants d’exploration et d’analyse des réseaux sociaux. Ils sont basés sur la non utilisation de mots clés. La requête par mots clés héritée du search est dépassée. Elle limite considérablement l’étendue de l’information utile pour les marques. Notre approche est qualitative, à l’inverse d’une vision Big Data. Il s’agit de valoriser et de traiter les données qui génèrent le plus d’effets de leviers pour la prise de décision des dirigeants. Bloom collecte et consolide les meilleurs insights, pour les appliquer directement aux campagnes d’activation.

 

Nous avons également développé une technologie d’analyse des émotions primaires unique sur le marché. Elle permet d’identifier et de qualifier en détails les émotions qui circulent sur les réseaux, ou l’impact par exemple des Emoticônes. La détection précise des émotions est clé pour comprendre les phénomènes de viralisation.

 


Comment analysez-vous les échanges sur les réseaux sociaux ?


Les échanges publics entre les communautés recèlent des données et des opinions d’une richesse et d’une qualité incroyables. Or aujourd’hui, la plupart des journalistes ou des analystes ne fondent leurs commentaires que sur « l’écume des vagues » des réseaux sociaux – ne traitant en moyenne que 5 à 10 % des communications.

 

La prudence est évidemment de mise dans l’exploration des réseaux, et combattre les fake news, et maintenant les deep fake, est un impératif. Mais elle ne doit surtout pas brider l’exploration en profondeur, de type « long tail », des échanges publics entre les communautés, qui permet de capter des insights à très forte valeur ajoutée. Les controverses engagées entre groupes ou individus sont souvent très étayées, argumentées, justifiées.

 

Par ailleurs, aussi surprenant que cela paraisse, plus de 60 % des émotions qui circulent dans les réseaux sont positives. Il ne s’agit pas de décréter que l’espace social media est pétri de bons sentiments, mais de faire une analyse plus objective de l’apport culturel et social des réseaux et de leurs communautés. Les journalistes au final ne s’y trompent pas : selon une étude Cision 2017, ils sont 94 % à utiliser les réseaux sociaux tous les jours dans le cadre de leur travail.

 


Pourquoi les marques sont-elles intéressées par ce type d’analyse ? Que leur apportent-elles ?


Le nouveau Graal pour une marque, c’est de capter des données de consommation spontanées qui correspondent à des tendances de fond, d’identifier des communautés cibles et des centres d’intérêts associés, avec un niveau de granularité suffisamment élevé pour engager des campagnes d’activation efficaces. La diversité des comportements, la volatilité du consommateur et l’atomisation des communautés rendent ces données non structurées de plus en plus complexe à maitriser.

 

Finalement, les marques ont besoin de créer ce que j’appelle un process de « data planning stratégique ». Maitriser « la donnée sociale », c’est construire le socle du processus créatif et de diffusion, c’est à dire avoir des insights exclusifs pour activer le réseau d’influenceurs le plus adapté aux cibles identifiées. Ces influenceurs doivent être sélectionnés de façon la plus qualitative possible, en fonction de la puissance des engagements contextuels qu’ils génèrent réellement par thématique, et non sur la base du nombre de followers ou d’abonnés.

 

Facebook a bien compris l’enjeu de ce process et va probablement lancer une nouvelle plateforme qui va connecter les marketeurs et les influenceurs. Reste à posséder les bons insights pour faire sa sélection .

 


Quelle est la typologie de votre clientèle ?


Bloom intervient auprès de grandes marques comme Alpine pour Renault, Guerlain, American Express, de groupes internationaux comme Samsung, Carrefour, l’Oréal, ou encore de marques media comme Canal+ ou Ouest France (partenaire de Bloom).  

 

 

Quel est le CA de Bloom en 2017 ? Combien l'entreprise compte-t-elle de salariés ?  

Bloom compte aujourd’hui une quinzaine de salariés. En 2017, nous avons réalisé près de 900 K€ de CA et sur Q1 2018, nous enregistrons déjà plus d’un million d’euros de prise de commandes.

 


Vous avez prévu une levée de fonds en 2018. Quelle est sa vocation ?
En effet. Cette levée de fonds vise à accroître notre puissance technologique, à nous rapprocher du temps réel et à déployer notre offre Saas, afin de faciliter l’accès de nos clients à nos données. En alliant cette puissance technologique inédite et un data consulting de haut niveau, Bloom entend s’imposer comme partenaire technologique de référence dans l’analyse Social Media au côté des marques.

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