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Comment Eric Bompard est devenu le roi du cachemire

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Parti de rien, Eric Bompard s'est imposé comme le roi du pull en cachemire. Innovation et sens aigü de la communication ont fait de cet entrepreneur une des grandes figures de la mode française.

Eric Bompard voue une véritable passion au cachemire depuis qu’il a découvert dans les années 80 la capra hisca, une petite chèvre dont le poil doux et long la protège du grand froid, sur les hauts plateaux du désert de Gobi, en Mongolie, à plus de 3.000 m d’altitude.

 

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Parti à la conquête de cette laine recherchée avec seulement 100.000 francs en poche (15.000 € ), il coupe l’herbe sous le pied à l’Écosse, alors unique importateur des ballots de laine brute qui se payent à prix d’or (2.000 francs, 300 € ).

 

Eric Bompard : 82 M€ et 555 000 pulls en cachemire vendus chaque année

Depuis, l’ex-informaticien, qui a donné son nom à l’entreprise éponyme, crée, produit et distribue 550.000 pulls par an, tous de très grande qualité et d’une douceur extrême, pour 82 M€  de CA. Surtout, avec Éric Bompard, le cachemire a pris de la couleur. «Notre philosophie est de rechercher une harmonie entre la qualité de la matière, le raffinement et la tendance », indique-t-il. Un développement spectaculaire dont la stratégie se base sur l’innovation, la diversité et la communication.

 

Eric Bompard : le voyage initiatique au pays du cachemire

«Un jour, dans un avion, mon voisin, se préparant pour la nuit, me dit sans me connaître :  “J’enfile toujours un Bompard pour avoir chaud lors des longs courriers”. On ne peut imaginer plus joli compliment pour un entrepreneur  », se plaît à raconter le fondateur. À la fin des années 70, alors cadre informatique, Éric Bompard, qui séjourne régulièrement en Mongolie Intérieure, croise par hasard la divine matière, avec l’achat d’un précieux chandail.

 

«Un voyage initiatique en quelque sorte. Cette région autonome du nord de la République populaire de Chine, le cheflieu du capra hisca, produit 90% du cachemire mondial. Je m’y suis intéressé et j’ai passé un mois à rencontrer les éleveurs, découvrir les animaux dans leur environnement, voir comment ils étaient gérés… ». Son projet commence à germer. L’objectif ? Proposer un produit haut de gamme mais accessible. Pour réduire les coûts de production, Éric Bompard achète la matière première et fabrique sur place, le début d’une longue croisade...

 

Eric Bompard, le cachemire et la Chine

 «J’ai mis 2 ans à mettre en place le projet. Dans les années 80, il était très difficile d’être introduit. Il fallait être invité pour franchir le seuil de cet univers très secret », explique-t-il. Pour produire localement, il se rapproche de l’entrepreneur chinois Wang Linxiang, propriétaire de la société Erdos, et lui propose un partenariat.

 

«Erdos n’était alors qu’une petite usine de préparation de la laine, perdue dans le désert de Gobi. Aujourd’hui, c’est le leader mondial avec une production de 25.000 tonnes de cachemires par an ». L’homme se heurte également à la législation européenne sur les produits d’importation soumis aux quotas, une contrainte qui prend fin en 2000 avec l’ouverture des marchés.

 

Des boutiques en propre pour Eric Bompard  

En 1984, il ouvre rue Montrosier, dans la commune très huppée de Neuilly-sur-Seine, sa première boutique. Pour attirer la clientèle ? Une simple annonce dans le Figaro  : «Le cachemire, c’est au 28, rue Montrosier à Neuilly à partir de 620 francs ». Un prix extrêmement concurrentiel face aux pulls écossais !

 

Dans sa boutique de seulement 20 m2 , il propose 3 modèles : col V, col roulé et gilet à boutons, déclinés en 3 tailles et 3 coloris (beige, blanc et noir). Les 2.000 pièces partent comme des petits pains. Depuis, le succès ne se dément pas. En 1985, le fichier clients comptait 1.500 personnes... 200.000 aujourd’hui.

 

Eric Bompard dans les Grands Magasins

Une des clés de la réussite ? Le développement d’un réseau exclusif de distribution et l’implantation d’espaces de vente à son nom dans les Grands Magasins parisiens. «Posséder des boutiques en propre facilite le management des équipes, qui doivent être capables d’expliquer au mieux ce que l’on vend, mais aussi la gestion des produits. Cela permet également un développement financier sécurisé. Nous maîtrisons en effet toutes les rentrées d’argent ». Dès la fin des années 90, l’homme s’attaque également à l’international, avec des ouvertures en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

 

«Nous ouvrons en moyenne une à deux boutiques par an. C’est peu mais nous avons fait le choix de d’abord poser les assises structurelles et financières localement avant de conquérir un territoire ». En parallèle, il signe une joint-venture avec Erdos pour distribuer sa marque en Asie. Trois magasins sont ouverts en Chine et un à Hong Kong.

 

Eric Bompard : innover pour durer

Dès le début de l’aventure, Éric Bompard mise sur la qualité, choisissant les fils les plus longs et les plus fins, qui sont aussi les plus doux. «Pour exister durablement, il faut durer proprement. Dans notre métier de “cachemirier”, on ne peut pas bâcler, cela se voit immédiatement. Aujourd’hui, la demande est très forte, ce qui entraîne une baisse de la qualité. Il existe en effet une centaine de cachemires de qualité différente. Pour nous, le risque est qu’il n’y ait pas assez de matière première de qualité.

 

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C’est un combat de tous les instants. D’autant que la production de laine est soumise aux aléas climatiques, la qualité d’une laine dépendant de nombreux facteurs». Pour assurer son approvisionnement en matière première de qualité, il signe dès 1989 un contrat d’exclusivité avec Erdos, à qui il cède 20% du capital.

 

Eric Bompard : les nouvelles technologies au service du cachemire

« Nous devions faire aussi bien que l’Écosse !», s’exclame-t-il. Avec son partenaire chinois et son équipe de 6 stylistes à Paris, sa PME développe ainsi de nouvelles technologies pour la teinture des laines mais aussi dans le tissage.

 

« La technologie autour du cachemire a beaucoup progressé dans les couleurs, les mailles, les formes... Lorsque je suis arrivé dans ce métier, on ne savait pas teindre les laines. Aujourd’hui, nous proposons une palette infinie de coloris». En 2013, des avancées technologiques, comme de nouvelles techniques de maillage, de l’ultrafin au déjaugé, permettent de lancer la ligne LABO, produite en série limitée réalisée en points exclusifs pour former des tricots architecturaux en «3D».

 

Communication percutante pour Eric Bompard

Pour accroître la notoriété de la marque, Éric Bompard ne lésine pas sur les moyens : 10% du CA est alloué à la communication. L’homme n’hésite pas à s’offrir des icônes glamour : de Carole Bouquet en 2000 à Monica Bellucci 10 ans plus tard. Bompard s’affiche partout, dans la presse, dans la rue... et s’associe à d’importantes manifestations (trophée Lalique, Solitaire du Figaro...).

 

En 2004, sa fille aînée Lorraine de Gournay rejoint le cheptel pour lancer le site Internet, qui vient renforcer les canaux de distribution classique, proposé en français et en anglais. La marque est alors l’une des premières à mettre en ligne du prêt-à-porter de luxe ! Et le site est aujourd’hui le premier canal de vente en termes de CA. Quant à l’avenir, la relève semble assurée.

 

« Nous en sommes à la seconde génération», indique Éric Bompard, 67 ans, fier de sa directrice générale de fille, 36 ans, qui rêve de partir à la conquête des États-Unis, du Japon et de la Scandinavie. Cela fait plaisir à voir !

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