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Comment Leboncoin.fr bouscule l'économie française

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En 2015, 1 Français sur 3 visite chaque mois le leader des petites annonces sur Internet. Au-delà de cette incroyable réussite, le site a fait bouger les lignes de nombreux secteurs de l’économie. Explication.

Olivier Aizac, 40 ans, peut partir avec la satisfaction du devoir accompli. Le DG du Bon Coin, présent depuis le début de l’aventure, prend en charge les sites d’Amérique latine de sa maison mère, le groupe norvégien Schibsted Classified Media.

 

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Il laisse à son successeur, Antoine Jouteau, 39 ans, une pépite florissante : 124 M€  de CA, une croissance de 27% et une marge brute de 67%. Avec une incroyable audience, plus de 15 millions de visiteurs uniques par mois (et 6,8 millions d’utilisateurs de l’application mobile), leboncoin.fr est le 6ème  site le plus visité en France, devant eBay, et le 2ème  plus populaire en temps passé, derrière Facebook mais devant Google !

 

Un site qui bouscule les conditions même de certains secteurs économiques tels que l’immobilier, ou la vente de voitures d’occasion.
 

Les clés de la réussite du Bon Coin

Tout se passe en 2006, lorsque le groupe de journaux gratuits Spir Communication se rapproche du groupe de médias Schibsted, éditeur de 20 Minutes  et du site suédois de petites annonces Blocket.se, dont le moteur est décliné dans plus de 30 pays. En 2010, le Bon Coin est racheté à 100% par Schibsted, qui n’a jamais abandonné les trois principes fondateurs : gratuité, simplicité et proximité.

 

Le Bon Coin est l’un des précurseurs du modèle freemium : la grande majorité des annonces n’est pas payante et le site ne prend aucun pourcentage sur les transactions. Ses revenus proviennent de la publicité (l’entreprise a lancé sa propre régie en 2012), des services aux professionnels et des «options de visibilité ». Avec son interface minimaliste, le Bon Coin est facile à utiliser, même pour un public peu familier d’Internet. Enfin, et ce n’est pas un hasard, la page d’accueil s’ouvre sur une carte de France. La promesse du Bon Coin ? «La bonne affaire se trouve au coin de la rue », et non à l’autre bout du monde, comme sur eBay. 

 

 

Plus qu’une success story  
Pour l’historien Jacques Le Goff, «le Bon Coin est au XXIème siècle ce que la foire était au Moyen Âge ». Et pour le sociologue Alain Caillé, il «constitue un espace de reconstitution de la solidarité nationale » ! Le site est entré dans les habitudes des Français, au point d’être considéré comme un véritable phénomène de société, reflet de l’évolution des modes de consommation.

 

Avec la stagnation du pouvoir d’achat, nos concitoyens sont de plus en plus nombreux à arbitrer leurs budgets, en se tournant vers l’occasion pour l’acquisition de nombreux produits, mais également afin de générer des revenus complémentaires. Plus fort encore, le Bon Coin a aussi un impact sur de nombreux secteurs d’activité.

 

Las PQR et les journaux de petites annonces souffrent de la concurrence

On peut évidemment lui attribuer la quasi-disparition en une dizaine d’années des journaux gratuits de petites annonces, même si certains envisagent d’inverser la tendance. S’il est moins dramatique, l’effet est aussi indéniable sur la presse, notamment les quotidiens régionaux.

 

Et la situation pourrait empirer, le Bon Coin développant ses activités dans la publicité locale et l’emploi, deux sources de revenus traditionnels pour la PQR. La plate-forme a également changé les équilibres sur de nombreux marchés. «Leboncoin.fr est n°1 du marché des petites annonces sur Internet dans les 4 catégories  “reines”, l’immobilier, l’emploi, les biens de consommation et l’automobile, ce qui est un cas unique au monde ! », souligne Antoine Jouteau.

 

À tel point que le site peut se revendiquer comme le 1er  concessionnaire Ferrari et Lamborghini et 1er  concurrent des grands réseaux d’agences immobilières. Son prochain terrain de bataille ? L’emploi. Avec 70.000 offres d’emploi pour 2,2 millions de visiteurs uniques sur cette rubrique, le site peut se considérer comme le leader privé du recrutement, notamment pour les TPE/PME, s’attaquant de fait au marché de l’intérim.


Quand les politiques s'attaquent au Bon Coin
312 M€, c’est, selon le député (PS) des Pyrénées-Orientales Jacques Cresta, ce que «la concurrence déloyale exercée par certains sites d’annonces immobilières gratuites» représente comme recettes perdues par l’État. Une position également défendue par Sylviane Bulteau, députée (UMP) de Vendée.

Pour arriver à cette somme, Jacques Cresta considère que si les 260.000 annonces avaient donné lieu à l’intervention d’un professionnel de l’immobilier, elles auraient généré chacune 6.000 € d’honoraires HT, soit 120 € de TVA. Si l’estimation est grossière (les ventes de particulier à particulier ont toujours existé), les 2 députés ont demandé au gouvernement de prendre position et d’adopter de nouvelles réglementations. Sans succès, jusqu’à présent.

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