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Comment Sète veut devenir un nouveau Saint-Tropez

Maxence Vincent

La construction d’une marina pour yachts de luxe doit transformer le port de Sète en un haut lieu de la plaisance. C’est l’ancien ministre communiste, Jean-Claude Gayssot, qui est à la manœuvre. Mais les promesses économiques ne suffisent pas à calmer les ardeurs des opposants au projet.

C’est un projet de grande envergure que s’apprête à lancer Sète. La ville occitane souhaite en effet transformer son port en opérant une montée en gamme de ses installations. L’objectif ? Une plate-forme permettant d’accueillir une douzaine de méga-yachts, allant de 50 à 100 mètres de long, en plein coeur de la ville.

 

« Il s’agit d’optimiser l’utilisation des quais d’Alger et du Maroc, dont le taux d’occupation est inférieur à 5 % à ce jour », détaille Jean-Claude Gayssot, président de Port Sud France, établissement public régional en charge de la gestion du port. Alors que le nombre de croisiéristes devrait s’élever à 110 000 en 2018, les responsables du port ont décidé de les déplacer vers le môle Masselin et le long d’un quai flamant neuf de plus de 450 mètres. Les quais d’Alger et du Maroc sont donc libres pour accueillir les méga-yachts.

 

Pour conduire ce projet, l’organisme a retenu un consortium américano-émirati, composé de deux entités, IGY Marinas et P&O Marinas. « IGY a le réseau commercial pour faire venir les yachts, précise le directeur du Port, Olivier Carmes. Ils exploitent déjà une quinzaine de sites dans neuf pays, et Sète est une ville touristique, habituée à recevoir jusqu’à 2 500 croisiéristes par escale. »

 

Le binôme IGY Marinas-P&O Marinas se serait engagé à investir au moins 5 millions d’euros sur 4 ans, notamment dans des installations électriques et des corps-morts pour amarrer les géants des mers. Port Sud France investira de son côté un million d’euros pour l’installation électrique. Ce coût relativement limité pour un projet aussi important s’explique par l’existence des quais et d’une zone portuaire répondant déjà aux normes internationales de sûreté (ISPS).

 

Les Américains cherchent une porte d'entrée sur la Méditerranée

 

Propriété de la région Occitanie, le port de Sète souffre de la concurrence de Marseille et Barcelone. Pourtant, l’emplacement héraultais ne manque pas d’atouts. « Sète est bien placé pour les super-yachts, c'est proche de la Côte d'Azur, les équipages pourront ainsi préparer la saison d'été en Méditerranée », détaille un représentant de IGY Marinas.

 

Mais ce projet ambitieux n’est du goût de tout le monde. Les réunions publiques consacrées au projet sont houleuses. Certains Sétois reprochent pêle-mêle la flambée de l’immobilier et la pollution engendrée par les navires, un projet destiné à quelques super riches ou encore la privatisation des espaces publics.

 

« Notre objectif, c'est d'accueillir les équipages d'environ vingt personnes qui s'occupent des bateaux, ce n'est absolument pas les milliardaires que nous allons recevoir. On est tombé dans le timing des Américains qui cherchent une porte d'entrée sur la Méditerranée. Nous avons plus à gagner qu'à perdre. Il n'y a pas de risques si l'on se plante », promet Olivier Carmes.

 

Pour calmer les ardeurs des opposants au projet, le directeur du port met en avant l’impact sur l’économie locale, notamment sur le tourisme et le commerce. Le gestionnaire évoque même une cinquantaine de créations d’emplois – contre 200 lors de l’annonce du projet – dans l'administratif, le transport ou la conciergerie, et de belles opportunités pour les PME locales. De son côté, IGY Marinas parle d’un « impact local » positif qui déboucherait sur des retombées économiques de l’ordre de 5 millions d’euros.

 

Selon le directeur du port, cette marina s'inscrit dans la prolongation du développement autour du commerce, de la plaisance et de la pêche. En 2017, Sète a vécu une « année particulièrement positive » avec une croissance de 4 %. Réputée pour son dynamisme commercial, la « petite Venise du Languedoc » souhaite désormais exister en matière de plaisance.

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