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Comment Zodiac renait après avoir frôlé la faillite

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Au bord de la faillite il y a quelques mois, le fabricant de bateaux pneumatiques a été sauvé des eaux in extremis par l’argent d’Energetic Développement.

Tout le monde ne secourt pas un homme tombé à la mer. Certains ont peur des vagues, d’autres ne savent pas nager. Dominique Heber-Suffrin est de ceux qui se jettent à l’eau.

 

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À 60 ans, le directeur d’Energetic Développement, ancien de Schneider, CarnaudMetalBox et Lectra, vient de racheter, avant qu’il ne se noie, l’ancien leader mondial des bateaux pneumatiques.

 

À contre-courant

En avril, Zodiac Nautic, entreprise spécialisée dans la conception, la fabrication et la commercialisation de bateaux pneumatiques et de systèmes de traitement d’eau, sombre officiellement en liquidation judiciaire.

 

Et ce n’est guère une surprise lorsqu’on analyse les chiffres, en chute libre depuis plusieurs années. Le naufrage débute en 2007, lorsque l’entreprise nautique est rachetée par le fonds de pension américain Jandy Pool Products, devenant Zodiac Marine and Pool. La mayonnaise ne prend pas, les restructurations sont «violentes» (dixit les syndicats) et le bateau tangue sous les vagues de plans sociaux successifs.

 

En 6 ans, le CA fond comme neige au soleil, passant de 80 à 26 M€. 14 M€ de pertes en 2014 confirme une dérive plus qu’inquiétante.

 

Dès janvier, la situation est critique puisque Zodiac se retrouve en cessation de paiement. Les représentants du personnel s’insurgent, tenant les fonds de pensions américains pour principaux responsables, les accusant notamment de «ne pas avoir mis un sou dans l’entreprise».

 

Le site d’Ayguesvives, près de Toulouse, qui emploie 89 salariés sur les 120 que compte la branche nautique de Zodiac en France, est le plus lourdement menacé. Il faut attendre début juillet pour se réjouir, date du rachat officiel par Energetic Développement.

 

À la rescousse

Sur les neuf repreneurs potentiellement intéressés, c’est donc Energetic Développement, avec Dominique Heber-Suffrin à sa tête, qui a remporté la mise, accompagné par deux autres industriels, Pierre Bastid et Florent Battistella, deux ex-managers de Converteam.

 

Il faut dire que le trio a les moyens de sauver les canots Zodiac : Dominique Heber-Suffrin puisqu’il a revendu en 2012 ses parts dans Harlé Bickford, les deux dirigeants de Converteam grâce au rachat de leur entreprise par General Electric pour plusieurs centaines de millions d’euros.

 

«Pierre Bastid et Florent Battistella ont de l’argent, mais ce sont surtout des industriels chevronnés, avec une vision de long terme», insiste Dominique Heber-Suffrin, d’emblée ému par le dépôt de bilan et à la recherche d’une entreprise industrielle à reprendre.

 

«Zodiac est une marque historique et emblématique que tout le monde connaît. Elle me rappelle mes plaisirs de sports nautiques, d’où ma volonté de la faire vivre encore longtemps», explique, enthousiaste, Dominique Heber-Suffrin.

 

Ce qui a plu au tribunal de commerce de Nanterre et a fait la différence dans l’offre de reprise de l’entrepreneur français ? La sauvegarde de la quasi-totalité des emplois menacés de disparaître sur les différents sites de la marque en France. Seul quinze salariés n’ont pu être repris.

 

«La casse sociale a été extrêmement limitée, à la grande satisfaction des syndicats et des managers», poursuit, souriant, le nouveau directeur. Surtout, le projet de reprise prévoit un programme d’investissement de près de 15 M€, injectés par les trois industriels, la moitié ayant déjà été débloquée. De quoi relancer cette belle endormie.

 

Un capitaine à la barre

L’aventure se poursuit donc pour le navire Zodiac Nautic, même si la croisière ne sera probablement pas des plus calmes. En cause, le marché des bateaux pneumatiques, qui a été divisé par 2 depuis 2008 sur l’ensemble de l’Europe.

 

Pour autant, le récent petit frémissement du marché européen laisse présager un horizon plus dégagé. Autre motif d’espoir, Zodiac Nautic conserve malgré tout une position de leader mondial, puisque la PME est la seule à proposer une couverture internationale avec ses filiales en Tunisie et aux États-Unis.

 

Qui plus est, le nouveau capitaine a parfaitement donné le cap. «Zodiac a perdu de sa splendeur passée dans beaucoup de domaines, notamment l’innovation et le service client. Nous allons y remédier, remettre de la rigueur dans la gestion et surtout miser sur l’innovation», assure-t-il. Le projet prévoit, en effet, une remise à plat complète du schéma industriel, notamment pour faciliter la personnalisation des produits par les clients.

 

«Il ne faut pas oublier que Zodiac est à l’origine d’inventions comme les bateaux pneumatiques semi-rigides, aujourd’hui plébiscités par les plaisanciers et dans lequel il y a une croissance potentielle. Je suis optimiste pour la suite, à condition d’assurer une qualité d’exécution irréprochable».

 

Enfin, Dominique Heber-Suffrin souhaite également axer le développement sur l’internationalisation de la PME, en particulier aux USA où le marché est florissant. Autre piste qui devrait être explorée prochainement, une présence sur Internet avec la possibilité de configurer son bateau avant de passer commande.

 

Si le pari n’est pas encore gagné, désormais guidé d’une main ferme, le bateau Zodiac,1er fabricant au monde de canots semi-rigides et gonflables avec 3.000 bateaux et 10.000 annexes et radeaux par an, devrait rapidement retrouver des eaux plus calmes.

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