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Comment expliquer la hausse des cours du blé ?

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Afin de comprendre les enjeux liés aux fluctuations du prix du blé, nous avons interrogé un expert, Philippe Lehrmann, docteur en agronomie et co-fondateur d'Ositrade, une place de marché dédiée au commerce des grains reposant sur la blockchain.

Pourquoi le cours du blé varie-t-il autant ?

 

Le prix du blé comme celui de toutes les commodités agricoles évolue en fonction de nombreux facteurs, certains maîtrisables, d'autres beaucoup moins. Ce sont des facteurs macro-économiques (offres, demandes) : croissances dans les grands pays importateurs, évolution des taux de changes euro-dollar, coût de l'énergie (impact sur le prix des engrais et des transports), évolution du prix des cultures concurrentes (maïs, riz).


L'autre catégorie de facteurs influents est le climat et la production dans les différentes zones clés de production des céréales : Europe, Amérique du Nord, mer Noire (Russie, Ukraine, Kazakhstan), Chine (gros producteur mais aussi importateur), et l'Inde de plus en plus. L'Amérique du Sud (Brésil, Argentine) et l'Australie sont les deux régions qui produisent « à contre-saison » de l'Hémisphère Nord.

 

Les accidents climatiques au semis, pendant la période de culture et à la récolte, s’ils sont violents, peuvent créer des changements brusques (en plus ou en moins) dans les attentes des commerçants et les estimations qui ont servi aux calculs des prix. Cela crée aussi de la volatilité. Cela peut affecter les quantités mais aussi les qualités. D'où l'importance d'obtenir de l'information et de la traiter en profondeur.

 

Derniers facteurs : des événements politiques dans certaines zones – fermetures de frontières en Russie, guerres, écroulement du pesos argentin – qui, comme les aléas climatiques, sont difficiles à anticiper.

 

Quels sont les recours à disposition pour limiter ces variations ?

 

Il est très difficile, voire vain, de vouloir limiter les variations dans l’absolu car certains facteurs clés ne sont pas maîtrisables, sauf à revenir à une gestion de marché centralisée et interventionniste.

 

Par contre, chaque opérateur, vendeurs ou acheteurs, a des moyens à sa disposition pour gérer le risque et amortir l’impact des variations sur son entreprise. Cela commence par le contrôle de ses besoins, de sa « position » quotidienne ou sur de plus longues périodes, qui est la différence entre ce qu’il a acheté et vendu et en stock, par rapport à ses besoins et ventes de produits transformés.


Les marchés à termes et les produits dérivés sophistiqués permettent d’atténuer le risque physique et financier au maximum, sans l’éliminer totalement. La place de marché Ositrade* est un élément structurant de cette panoplie en donnant aux acteurs le niveau de prix de marché et en permettant d’y passer des transactions achat ou vente sécurisées.

 

Producteurs, transformateurs, coopératives, organismes stockeurs, industriels… Quelles sont les conséquences de cette hausse des cours pour les différents acteurs de la chaîne de distribution du blé en France ?

 

Ce n'est pas seulement une hausse des cours qui peut avoir un impact sur la chaîne de distribution mais aussi une forte baisse. Les impacts sont contraires selon que l'on est acheteur ou vendeur, que l'on a du stock (« long ») ou que l'on est en manque (« short ») et que le prix varie en dollar ou en euros.

 

Les effets sont donc complexes et seuls les professionnels parviennent à gérer le risque de leur position systématiquement avec des outils parfois complexes, pour amortir les effets des fluctuations. Certains marchés de produits finis acceptent les fluctuations des prix des matières premières plus facilement que d'autres, ce qui complique encore la tâche des acheteurs/vendeurs.

 

Dans quelle mesure le consommateur final risque-t-il d'être impacté par ce phénomène ?

 

Historiquement, le coût de matière première dans un kilo de pain ou un litre de bière est faible (entre 8 et 12 %) dans nos pays, et donc l’impact des fluctuations est relativement faible (voir les publications des syndicats professionnels à ce sujet). C'est un peu différent dans certains pays où le pain est très fortement subventionné par les Etats et où les fluctuations nécessitent des interventions avec de l'argent public pour maintenir la stabilité du prix à la consommation.

 

Crypto-monnaies, IA, blockchain… Les nouvelles technologies auront-elles un rôle à jouer au regard de cette problématique ?

 

Les technologies permettent de créer des outils de pilotage des marchés plus fins dans leur analyse et leur prévision. C'est le cas des prévisions météo (court terme) et climatique (long terme), mais aussi des prévisions de consommations, des évolutions économiques, etc. L'IA permet aussi des corrélations de plus en plus sophistiquées en mettant en perspective des données de plus en plus diverses venant de tous les coins du monde.

 

L'agriculture de précision permet, quant à elle, de piloter les cultures pour limiter au mieux les variations contrôlables.

 

La technologie blockchain permet de développer des outils simplifiant significativement les traitements administratifs d'opérations commerciales complexes et offre des outils de traçabilité pour encore plus de sécurité alimentaire le long des chaînes de distribution. En enregistrant ce que chacun fait de manière infalsifiable, la blockchain a une action vertueuse sur le comportement des acteurs de la chaîne.


Les crypto-monnaies qui ne sont en fait qu'un actif spécifique transférable de manière certaine sur un réseau d'ordinateurs permet d'ajouter une dimension « paiement automatisé » aux transactions commerciales, ou la preuve de détention d'une partie de capital d'une société.


L'interface d'échange avec une monnaie classique est le lieu des fluctuations et l'engouement pour ces nouvelles technologies et les évolutions majeures qu'elles devraient engendrer créent, par l'offre et la demande, cette volatilité, exacerbée par les avancées et les failles techniques des systèmes en construction.

 

En allégeant certaines tâches, ces technologies permettent donc aux opérateurs de se concentrer sur l'exécution (la livraison) des matières premières conformes en maîtrisant leurs coûts.

 


 

* A propos d’Ositrade 


Ositrade est la première plateforme d’achat-vente en ligne de grains développée à l’aide de la blockchain. Née de la rencontre entre Philippe Lehrmann, docteur ingénieur en agronomie, et Remi Chevalier, serial entrepreneur issu de l’industrie de la transformation de produits agricoles, Ositrade permet aux producteurs, acheteurs et distributeurs de produits végétaux en France de réaliser des transactions rapides, sécurisées et au meilleur coût. Son objectif : simplifier le circuit du grain et le rendre plus transparent, pour une meilleure traçabilité et qualité. Plus d’informations sur : www.ositrade.fr

 

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