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Cyril Vidal (Crosscall) : « L'image des grandes entreprises pénalisent les petites »

Propos recueillis par Thibaut Veysset

Fondateur de Crosscall, Cyril Vidal est l’un des entrepreneurs du moment. Celui qui a fait ses armes dans le bâtiment et l’industrie revient sur l’aventure de la PME aixoise devenue leader de son secteur, la téléphonie outdoor. Cyril Vidal pointe les atouts de la France mais aussi la frilosité des grands groupes vis-à-vis des PME.

Grandir avec les bons partenaires industriels et quelques banques prêtes à aider

On pourrait avoir beaucoup d'argent devant nous, mais nous n’avons jamais voulu rentrer dans une logique de levée de fonds. Pourquoi ? Parce qu’on privilégie une approche différente. Nous avons été créateurs de marché : le monde de la téléphonie outdoor n'existait pas. Crosscall en est aujourd’hui la marque de référence, notamment en France.

 

On a souhaité se développer pas à pas pour construire une histoire, consolider nos acquis et bien faire comprendre le marché que l'on était en train de créer pour le présenter à nos clients : les opérateurs de téléphonie. Une PME peut grandir avec de bons partenaires industriels et quelques banques prêtes à aider.

 

Une fois que les fondamentaux sont posés, que vous livriez une palette ou dix, le modèle ne change pas. Ce n'est qu'une question de quantité.

 

La France et la culture de la prudence

Au cours de sa vie, une PME rencontre de nombreuses difficultés. Pour nous, la principale fut le manque de confiance de certains partenaires qui ont hésité à nous tirer vers le haut… Cette hésitation un peu « franco-française » au moment de se lancer et cette peur du risque nous ont un peu bloqué.

 

La France est marquée par la culture de la prudence : rien d’étonnant à ce que l’on soit l'un des premiers pays européens pour l'épargne. Il nous manque cette capacité à passer le pas, à bouger les lignes. En Italie, pour rentrer chez un opérateur, on a mis 8 mois ; en France, il a fallu 3 ans. Et encore, l’arrivée de mon associé David Eberlé (ex-PDG de Samsung France) a accéléré les choses, notamment avec Orange.

 

Quand c'est lancé, en revanche, tout fonctionne : Crosscall est désormais crédible en France et a gagné sa place.

 

Pour viser l’international, il faut s'appliquer

S’exporter prend du temps. Il faut se faire connaître sagement, expliquer le marché - le monde de l'électronique outdoor, en ce qui nous concerne. Une PME qui vise l’international doit bien s'appliquer. Nous sommes présents dans 10 pays, mais 5 zones seulement fonctionnent (Bénélux, Espagne, Italie, Portugal, Allemagne). Une fois dans le pays, il nous faut environ 18 mois pour commencer à faire notre trou et faire passer le « message ».

 

Lorsqu’on arrive dans un pays, il est vital faire comprendre la stratégie marketing, produit et commerciale de l'entreprise. Notre devoir est de dupliquer le modèle fonctionnant aujourd'hui en France et construire des équipes avec une culture locale. Nos clients et nos distributeurs doivent comprendre l'histoire que nous racontons. Dans le cas contraire, nous sommes une marque parmi d'autres.

 

L’image des grandes entreprises et des grands patrons pénalisent les petites

Le cadre réglementaire et fiscal français est relativement favorable. Crosscall en est la preuve. On a tout pour réussir en France, il y a une belle dynamique. En revanche, l’image des grandes entreprises et des grands patrons, qui, pour certains, n'en ont rien à faire, pénalisent les petites. Chez Crosscall, on a donné 5 % du capital en stock-options aux salariés, le codir est au capital de l'entreprise, on a mis en place un plan épargne entreprise, etc. On partage !

 

Le devoir des PME ? Créer de nouvelles pépites

Il ne faut pas trop se préoccuper des PME : elles ont leur stratégie, elles avancent. Le plus important, c'est l'amorçage. Cette notion doit être pilotée par une dynamique de parrainage. D’ailleurs, avec mon associé, nous avons eu un idée. Deux projets nous tiennent à cœur mais nous manquons de temps pour les développer.

 

On pourrait recruter des collaborateurs, lever des fonds, déléguer, etc. Mais le challenge qui me paraît intéressant aurait pour thème : « nous recrutons de futurs patrons ». La France regorge de jeunes diplômés d’école de commerce avec de grandes compétences qui ont juste besoin d'être parrainés pour devenir de futurs patrons.

 

On le positionnerait en tant que patron de la structure, avec un accompagnement (financier, comptable, commercial, marketing), des fonds et des stock-options. Il bénéficierait du support de l'entreprise et notre rôle serait de les aider à pivoter et de les manager pour que, demain, ils deviennent autonomes dans la gestion de l'entreprise.

 

Nous aurions fait notre boulot d'accompagnement

Les PME ou les chefs d'entreprise doivent être des conseillers d'orientation aidant à la création de nouvelles entreprises et créant l'engouement. Le devoir des PME est de créer de nouvelles pépites. Je crois davantage à ce système qu'aux pépinières.

 

En finir avec le tabou de l’échec

J'ai fait des erreurs qui m'ont fait perdre 2 ans. Je ne regrette pas : j'ai appris. Il faut sortir du tabou de l'échec. Le vrai boulot du chef d'entreprise, c'est l'anticipation. Il doit prendre les mesures nécessaires pour que les 3 prochains mois se déroulent bien.

 

 

Crosscall en bref

 

Secteur : téléphonie

CA 2016 : 30 M€

Salariés : 97

Date de création : 2009

Siège : Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône)

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