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François Fillon : "Plus de liberté et moins de charges !"

Propos recueillis par Isabelle Jouanneau

Fin 2014, François Fillon avait accordé un long entretien à Entreprendre pour afficher sa volonté de rupture économique.

 

Au-delà des atouts des entreprises françaises, comment les redynamiser?

François Fillon : Leurs principaux atouts, c’est leur ingéniosité et leur courage ! En Europe, nous sommes le pays de la suréglementation, de la surfiscalisation, et au surplus, il est souvent de bon ton de stigmatiser les patrons. Malgré ça, nous avons des entreprises qui naissent et se développent avec une force étonnante. Imaginez ce que pourrait être la France s’il y avait plus de liberté, moins de charges, et si la valeur de l’audace était célébrée. Nous serions la première puissance européenne car nous avons une bonne productivité et des infrastructures publiques de qualité.  

 


Dans votre stratégie de relance, quelle place auront les PME ?

Une place décisive car on ne gagnera pas bataille de la croissance et de l’emploi sans nos PME. Chaque semaine, je rencontre des chefs d’entreprises. Que demandent- ils ? D’abord, une vraie baisse des charges et une réduction du cout du travail.

 

Ils réclament aussi moins de contraintes. Je milite pour une révision des seuils sociaux, une sortie des 35 heures par le biais d’accords d’entreprise, une refondation de notre code du travail. Il faut distinguer ce qui relève des normes sociales fondamentales et renvoyer le reste des dispositions à la négociation sur le terrain.  


Comment réorienter l’épargne vers les entreprises ?

 Nos entreprises ont du mal à se développer et à atteindre la taille critique parce qu’elles rencontrent des difficultés pour financer les étapes de leur croissance. Il faut refondre la fiscalité du capital afin de réorienter l’épargne française vers l’investissement productif ; renforcer les dispositifs incitatifs à l’investissement direct dans les PME selon des modalités utilisées avec succès dans d’autres pays Européens, et je pense ici, à l’Employment Investment Scheme (EIS) au Royaume Uni, qui permet à des investisseurs privés d’investir sous forme d’actions ou d’obligation dans des TPE et des PME en apportant une garantie sous forme de crédits d’impôt pour des montants pouvant aller jusqu’à 1 M£.  


Le protectionnisme est-il une solution pour se protéger ?

 Dans certaines conditions, il y a des digues qu’on peut utiliser, sous réserve de ne pas être en contradiction flagrante avec les règles européennes. Mais le principal défi pour nos PME, c’est pas le repli, c’est de gagner des parts de marché à l’exportation ! Notre développement à l’international peut être beaucoup plus fort, dès lors qu’on lève les contraintes qui pèsent sur nos PME et que les grands donneurs d’ordre tirent leurs sous-traitants vers le haut.  


Comment financer toutes les baisses de charges annoncées ?

 Dans mon plan, la réduction des charges et des prélèvements sur les entreprises doit être de l’ordre de 50 Mds€. Elle serait assurée par une augmentation modulée de la TVA de 3 points, par une réduction de la dépense publique de plus de 20 Mds€ pendant 3 ans puis de 15 à 20 Mds€ les années suivantes. D’une façon générale, si on veut vraiment baisser la fiscalité en France, il faut réduire nos déficits et moderniser notre sphère publique.

 

Elle doit être moins couteuse et plus efficace. Il faut, d’un côté, resserrer les effectifs et, de l’autre, augmenter le temps de travail dans la fonction publique de 35 à 39 heures. Le passage à 39 heures, représente un gain de temps de travail de près de 12%, soit l’équivalent de 600 000 postes. Il faut aussi passer en revue systématiquement les dépenses d’intervention et éliminer celles dont l’efficacité est faible. Cela réclamera beaucoup de courage, mais je crois que les Français et les fonctionnaires eux-mêmes sont en attentes de choix forts car rien n’est pire que l’immobilisme actuel.

 

 

Vous êtes souvent intervenu pour dénoncer le coût du travail en France.
Quels prélèvements allegerez vous en priorité ?

D’abord, je l’ai dit, je veux donner la priorité à la baisse des prélèvements pesant sur le coût du travail pour redonner des marges de compétitivité prix et d’investissement à toutes les entreprises. Le CICE et les allègements de charges prévus dans le pacte de responsabilité seront simplifiés et prendront la forme d’un dispositif unique et pérenne d’allégement de cotisations sociales employeur. Ensuite, il faut supprimer les multiples taxes qui pèsent sur la masse salariale : cotisations FNAL, versement transport, taxes CNSA, pour un total de 15 Md€…


Sur quels postes portent les 100 milliards d’économie de budget dans les dépenses publiques ?

Nous sommes à 4,4% de déficit en 2014 en lieu et place des 2,2% envisagés et le seuil des 2000 milliards dettes est atteint. Il est temps de comprendre qu’une nation qui est incapable de tenir ses comptes est une nation économiquement paralysée et socialement suicidaire. Il faut agir sur tous les compartiments de la dépense publique : Etat, collectivités locales, sphère sociale. Ca n'est pas contradictoire avec l'idée de choix et de priorités, mais cela signifie qu'on ne peut pas considérer que telle ou telle dépense serait sanctuarisée. Tout doit être reconsidéré en vue d'un coût moindre et d'une efficacité meilleure.


La politique pro entreprise du gouvernement actuel vous convient-elle ?

Après avoir surtaxé les entreprises, après leur avoir donné des leçons à tout bout de champ, le gouvernement a enfin compris que le mot compétitivité n’était pas grossier. Tant mieux pour la France. Mais les entrepreneurs que je rencontre ne sont pas rassurés pour autant : les effets du CICE sont modestes et le pacte de responsabilité s’enlise dans les contreparties et il n’aura pas d’effets avant plusieurs mois.


Que pensez-vous des propositions du Medef ?

Ces propositions méritent débat et certains d’entre-elles sont pertinentes. Je n’ai pas compris pourquoi le gouvernement et sa majorité socialiste se sont indignés. Lorsque la croissance est à 0,4% et quand on compte 5 millions de français au chômage ou à temps partiel, il n’y a pas de propositions taboues.


Quelles réformes entreprendre concernant le Code du Travail ? Qu’entendez-vous par norme sociale fondamentale ?

Le code du travail doit être recentré sur l’essentiel, c’est-dire sur des normes impératives assurant la protection des droits fondamentaux des salariés, comme par exemple la durée maximale du travail. En dehors de ces normes sociales fondamentales, le principe sera celui de la liberté conventionnelle et du renvoi au dialogue social dans les entreprises mais aussi dans les branches.

Quels choix économiques vous inspirent le plus et semblent le plus applicable en France : ceux de l’Allemagne, de l’Italie ou des États-Unis ?

Chaque pays a ses singularités. Je ne me polarise pas sur un modèle extérieur mais par contre, le débat en France gagnerait en richesse si nous regardions ce qui marche ailleurs. Au Canada, en Suède, il y a eu des réformes de l’Etat intéressantes et ambitieuses. Au Danemark, en Allemagne, il faut voir comment ces pays ont réformé leur marché du travail. Arrêtons de penser que le monde tourne autour de nous. Soyons fiers d’être français, mais curieux des autres.

 

 

Que pensez-vous de la déclara ration à contre courant de Xavier Niel selon qui la France reste un paradis pour entreprendre ?

Xavier Niel est un fonceur. Il bouscule et avance des projets et des idées. La réflexion en France a besoin d’être décapée. Il y contribue.

 

 

Comment conduire et harmoniser les négociations sociales ?

Il faut distinguer les niveaux de négociation. Au niveau des branches et des entreprises, il revient aux chefs d’entreprise et aux organisations syndicales d’assumer la responsabilité directe de leurs négociations et de leurs accords. Au niveau national, il faut trouver la bonne articulation entre le rôle d’impulsion de l’Etat et celui des partenaires sociaux. La priorité accordée au dialogue social ne doit pas être le paravent du statu quo et de l’absence de volonté de réforme, comme c’est malheureusement le cas aujourd’hui.

 

 

Faut-il réformer en profondeur la fonction publique ?

 Avec 5,2 millions de fonctionnaires, c’est 22% de la force de travail qui est employée par le secteur public en France pour 18% au Royaume Uni et 11% en Allemagne ; c’est 90 fonctionnaires pour 1000 habitants, chiffre deux fois supérieur à celui de l’Allemagne qui n’est pourtant pas moins bien administrée que nous. La croissance c’est un tout.

 

L’Etat doit être remusclé pour être efficace. Il faut, je l’ai dit, d’un côté, resserrer les effectifs et, de l’autre, augmenter le temps de travail dans la fonction publique. Il faut revoir les automatismes de déroulement des carrières et mettre simultanément en place une revalorisation salariale en y réaffectant une partie des économies réalisées par les suppressions d’emplois. Simplifions aussi les conditions de recrutement des contractuels de façon à limiter les recrutements de fonctionnaires sous statut aux missions dont la durée ou la nature le justifient. Les armées françaises ont recours à des contrats limités dans le temps.

 

Ce qui est valable pour elles, pourraient l’être dans beaucoup de nos administrations. A ceux qui disent que les fonctionnaires n’accepteront pas ces évolutions, je réponds : acceptent-ils la paupérisation actuelle de leur métier ? Mieux vaut des administrations à 39h moins nombreuses, plus efficientes et mieux rémunérées, que des administrations à 35 h, sans moyens dignes de fonctionner. Je suis pour un Etat fort, animé par des agents motivés et fiers de servir l’intérêt général.


Comment re crédibiliser la politique et réduire la fracture entre la politique et l’économie ?

C’est là une question majeure qui est posée à l’opposition. Ceux qui pensent qu’il suffit de miser sur l’échec de la gauche pour relégitimer la droite ne mesurent pas l’état d’exaspération du pays. Nous avons un devoir d’honnêteté et de vérité. Savoir reconnaitre les erreurs du passé, c’est un signe de lucidité et un gage de crédibilité. Il faut être franc sur la situation du pays et ne pas faire des promesses intenables.

 

Il faut être digne et sobre, car la politique n’est pas un jeu. Et puis, travaillons sur le fond, sur les idées, car c’est ça qui intéresse nos concitoyens. Avec mes équipes, nous nous sommes attelés à un projet de redressement national. Mes propositions sont sans concession. Je sais qu’elles peuvent bousculer mes concitoyens. Mais je refuse de croire que la démocratie ne marche que sur la démagogie.

 

 

Sommes-nous condamnés au déclin ?

La croissance molle et le chômage de masse ne sont pas des fatalités françaises ou même européennes. Autour de nous, il y a des Etats qui redémarrent grâce à leurs réformes. Il n’y a aucune raison pour que l’Europe, avec ses 500 millions d’habitants bien formés, ses technologies de pointe, ses universités, ses infrastructures, ses grands groupes, reste à l’arrêt. Ce qu’il faut, c’est que chaque pays trouve le cran de se moderniser et de se libérer des déficits.

 

Avec l’appui de la Banque Centrale européenne, qui a assoupli sa politique, on peut retrouver le chemin d’une croissance solide et durable. Pour stimuler le mouvement, je crois à la nécessité de renforcer le pilotage de la zone euro et à l’établissement d’un noyau franco-allemand beaucoup plus structuré. Entre nos deux nations, il faudrait enclencher une harmonisation fiscale et sociale.


Les seuls pays qui sortent leur épingle du jeu ont choisi un modèle autre que celui de l’austérité pure et dure…

Je pense qu’on ne relancera pas un cycle de croissance durable en Europe avec cette montagne de déficits et de dettes qui plombe notre capacité à investir pour l’avenir. Contrairement à ce que j’entends parfois dire, il n’y a pas de politique d’austérité en France. Les dépenses publiques continuent d’augmenter et les déficits aussi. Au lieu de parler d’austérité, parlons plus simplement de nécessaire rigueur budgétaire.


Vous avez fait campagne contre Maastricht en 1992, la réalité actuelle semble- t-elle vous donner raison ?

 

Oui, les craintes que nous avions exprimées en 1992 avec Philippe Séguin se sont pour partie confirmées. Nous disions que la monnaie unique n’était pas la panacée et nous pressentions que la technocratie entraînerait un déficit démocratique de l’Union européenne. Force est de constater que l’Europe actuelle est mal en point. Ceci dit, depuis 1992, le monde a changé. La mondialisation vient percuter nos vieilles nations occidentales. Nous n’avons pas d’autre choix que d’unir nos forces dans l’Europe. Mais pour que notre pays puisse y jouer un rôle leader, encore faut-il qu’il soit compétitif et fier d’être debout. Aujourd’hui, nous sommes l’homme malade de l’Union européenne. Qu’on le veuille ou non, l’Europe des nations reste un fait. Voilà pourquoi, la France doit se réveiller pour tenir tout son rang.

 

 

La réduction du déficit prime-t-elle sur tout le reste ?

La réduction des déficits est un moyen pour retrouver notre capacité de mouvement. Mais elle n’est qu’un volet du redressement national ! Il faut impulser une politique de compétitivité et d’innovation pour nos acteurs économiques. Le chômage doit être combattu avec des réformes de fond sur le marché de l’emploi. Notre système éducatif a besoin d’autonomie. Et sur les questions régaliennes, il est indispensable de ressouder la cohésion nationale : sur la sécurité, l’immigration, sur l’intégration et la laïcité, le pays est en demande d’ordre et d’unité.

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