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Comment Jean-Claude Volot a transformé une abbaye du XVIIIème en centre d'art contemporain

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Dans la Marne, le P-DG de Dedienne Aérospace promeut l’art contemporain au cœur d’une abbaye cistercienne à laquelle il a redonné vie.

Fort en gueule, le président de la PME toulousaine Dedienne Aérospace (67 M€ de CA) et vice-président du Medef (en charge des questions d’internationalisation des entreprises), n’est pas homme à faire les choses à moitié.

 

Passionné d’art depuis son plus jeune âge, celui qui fut un temps conseiller de Pierre Gattaz est aujourd’hui un des plus grands collectionneurs français d’art contemporain. Une dévorante passion qu’il affiche sans détours et à laquelle il a donné un écrin : l’abbaye d’Auberive en Champagne-Ardenne.

 

Naissance d’une passion

 

Certains achètent des bolides, d’autres des chevaux de course. Pour ce patron aux multiples casquettes, l’art s’est imposé comme une évidence. « C’est mon père, féru de musique classique, qui m’a inculqué l’amour de la culture en général et de l’art en particulier. Si bien que dès que ma vie d’entrepreneur m’a permis de gagner de l’argent, j’ai commencé à acheter des œuvres d’art... juste pour le plaisir », explique Jean-Claude Volot.

 

Il s’intéresse d’abord aux artistes du mouvement CoBrA, comme Karel Appel, puis aux surréalistes, aux peintres de l’art brut et aux marginaux. Sa réussite professionnelle grandissant, sa collection s’étoffe. L’industriel devient même boulimique, « névrosé même », affirme-t-il, cherchant sans cesse l’œuvre qui saura allumer des étincelles dans son œil d’autodidacte de l’art qui fonctionne uniquement « à l’instinct ».

 

À l’affût d’artistes singuliers et de mouvements naissants, Jean-claude Volot n’est pas de ceux qui se plient aux diktats de l’air du temps. « Je n’ai jamais suivi le marché de l’art et je déteste les guerres de chapelle ! D’ailleurs, très tôt, je me suis intéressé au street art, à une époque où personne n’en parlait et où chacun s’extasiait devant des œuvres déstructurées d’artistes tendance… des trucs prétentieux sans grand intérêt selon moi. On me prenait pour un fou, un illuminé, voire un incompétent. Aujourd’hui pourtant, les œuvres que j’ai acquises il y a plus de 20 ans sont recherchées ! Certaines sont même présentées dans de grandes institutions ».

 

De Kapel à Gaston Chaissac en passant par Paul Rebeyrolle, Robert Combas et Hervé Di Rosa, l’entrepreneur se constitue une collection pléthorique.

 

Remarquable mise en valeur

 

Propriétaire de 800 œuvres au début des années 2000, Jean-Claude Volot et son épouse souhaitent offrir au grand public ce qu’ils considèrent comme une « collection témoin, construite comme un ensemble cohérent assis sur plusieurs mouvements de l’art contemporain ».

 

Le couple se met alors en quête d’un lieu pouvant accueillir cette collection. « Un lieu assez grand pour présenter des univers séparés dans lesquels il serait possible de mettre en avant les artistes. » Industriel dans l’âme, le chef d’entreprise se met alors en quête d’une ancienne usine, un de ces grands bâtiments en briques rouges caractéristiques du tissu industriel de la fin du XIXème.

 

Après quatre années de recherches infructueuses et plus de 100 dossiers examinés, Jean-Claude Volot, à l’été 2004, lit par hasard une annonce : l’abbaye d’Auberive, propriété du groupe de chimie Solvay, est à vendre.

 

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Une seule visite suffit pour que le couple se porte acquéreur. « Avec ses anciens salons, ses cellules pour les moines... cette abbaye cistercienne fondée en 1135 par 12 moines venus de Clairvaux correspondait exactement à ce que nous cherchions. »

 

S’engagent alors plusieurs années de rénovation. « Nous avons entrepris des travaux de gros œuvres immédiatement afin d’ouvrir rapidement. » Un an seulement après son rachat, le centre d’art accueille ses premiers visiteurs.

 

Dirigée par Alexia Volot, fille du maître des lieux diplômée de l’École du Louvre, l’abbaye, qui recèle 2.500 tableaux, photographies, sculptures, dessins et gravures de 162 artistes, attire chaque année plus de 20.000 visiteurs !

 

Bousculer les conventions

 

Comme pour son entreprise, Jean-Claude Volot revendique avec force son indépendance, mettant un point d’honneur à ne jamais faire appel aux subventions. « Au moment du rachat d’Auberive, je me suis assuré de pouvoir financer l’ensemble du projet. Hors de question pour moi de solliciter le moindre financement public ! Je suis et je reste un libéral, un vrai. La seule chose que j’ai acceptée de l’État ce sont les conseils des architectes des Bâtiments de France pour m’assurer que la rénovation soit faite dans le respect de l’architecture de lieux. »

 

Pour parvenir à l’équilibre financier en 10 ans, l’ex-n°2 du Medef a donc développé des activités annexes : location de la chapelle pour des mariages, du moulin pour des séminaires, création d’une maison d’édition spécialisée...

 

Si Jean-Claude Volot a voulu, avec ce centre, faire partager sa passion pour l’art au plus grand nombre, c’est aussi pour lui une manière de prouver que l’État ne doit plus avoir le monopole des trésors artistiques.

 

« Avec Auberive, j’ai démontré qu’avec certaines prestations commerciales, il est possible de supporter un centre d’art, souligne-t-il. Aujourd’hui, n’importe quel groupe ou ETI pourrait donc acquérir des monuments historiques ou des lieux de qualité architecturale intéressante et les transformer en lieux culturels ou artistiques. Les moyens de l’État ne cesse de se réduire, et c’est tant mieux d’ailleurs car cela va inciter l’initiative privée dans le domaine artistique. Selon moi, c’est la seule façon pour que les Français puissent se réapproprier l’art et la culture. » Et s’il avait raison ?

 

 

 Entrepreneur dans l’âme

Tout juste sorti de l’école des Mines de Metz, Jean-Claude Volot, 67 ans, rachète sa première entreprise à seulement 24 ans et fait fortune dans les plastiques très haut de gamme utilisés dans les prothèses.

 

Curieux et touche-à-tout, le Lorrain passe sa vie à racheter puis vendre des entreprises. Plus d’une vingtaine de PME, ETI, TPE passent ainsi entre ses mains.

 

Aujourd’hui à la tête du groupe Dedienne Aérospace (67 M€ de CA), basé à Toulouse, leader mondial des outillages de maintenance aéronautique, Jean-claude Volot avoue préférer «crever» que prendre sa retraite !

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