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Le revenu universel est-il une supercherie ?

Par Jean-Philippe Delsol, avocat, président de l’Institut de Recherches Economiques et Fiscales

Le revenu universel est au cœur des débats politiques. L’idée est d’attribuer à chaque citoyen une somme mensuelle assurant sa subsistance, le cas échéant différenciée selon l’âge de bénéficiaire. Cette allocation dite universelle, d’un montant variable de 470 à 800€ par mois selon les scénarios, pourrait ainsi remplacer tout ou partie des aides sociales dont le maquis nuit à une juste attribution. Mais cette séduction est celle de l’enfer pavé de bonnes intentions.

Le mythe de la fin du travail

Le revenu universel serait une réponse à la crainte d’une raréfaction des emplois suite à l’automatisation et la montée en puissance des robots.

 

C’est l’éternel mythe de la fin du travail. Cette peur du progrès est celle qui a déjà animé les luddites anglais (1811/1812) et les canuts de Lyon, dès 1831, brisant les machines par peur du chômage et de la machine « mangeuse d’homme ».

Mais la réalité est tout autre.

 

Selon le principe de « destruction créatrice » de Schumpeter, la disparition de certains emplois cache la création d’autres emplois. La fermeture de quelques usines importantes fait la Une des journaux tandis qu’est invisible la création quotidienne d’emplois par des milliers d’entrepreneurs.

 

Le progrès technique permet de produire autre chose et d’accroitre production et consommation, tout en réduisant pour ceux qui le veulent la durée du travail. Il n’y a aucune raison que cela s’arrête. Il y a deux siècles, l’agriculture représentait près des deux tiers des emplois, aujourd’hui elle ne compte que pour 4% et les services pour plus des trois quarts.

 

Et le phénomène de transition de métiers anciens vers de nouveaux s’accompagne toujours de l’évolution simultanée de la consommation de nouveaux produits ou services. L’emploi ne cesse de bouger. Les robots devront toujours être manipulés par des humains, de nouveaux emplois seront créés grâce à eux.

 

Le bénévolat ne se fonde pas sur le dos des autres

A défaut d’utiliser l’argument de l’emploi, d’autres prônent le revenu universel pour favoriser le bénévolat, créateur de lien social. Mais si on paye les gens pour faire du bénévolat, ce n’est plus du bénévolat. Celui-ci doit rester du libre ressort de chacun et il serait injuste que les contribuables financent des choix individuels. Rémunérer le bénévolat serait le meilleur moyen d’étatiser le monde associatif et de lui faire perdre son âme et sa créativité, et de transformer les solidarités de proximité en une immense bureaucratie.

 

Ce revenu universel aurait tôt fait de laisser croire à chacun qu’il peut donc vivre en tendant la main, sans travailler. Certes, il ne pourrait le faire que modestement, mais ce serait possible de subsister d’oisiveté, le cas échéant  en s’associant avec d’autres compagnons de prébende. Rien ne dit d’ailleurs que bientôt la pression ne se ferait pas pour augmenter cette aubaine prélevée sur les autres, ceux qui travailleraient encore.

 

Par définition, ces profiteurs seraient les prédateurs du revenu des autres.  Et cette allocation universelle détruirait la propriété et le travail sans lesquels le progrès et  la civilisation s’affadissent à défaut de permettre à la liberté de s’épanouir.

 

L’illusion égalitariste

Le revenu universel rouvre aussi à l’idée que nous pouvons être tous rémunérés pareils. A chacun selon ses besoins selon le vieux slogan marxiste qui détruit l’idée d’effort et de mérite. Il est le prototype des droits créances consistant à faire croire indûment à chacun qu’il peut exiger des autres le paiement d’une dette qu’ils n’ont jamais contractée.

 

Cette illusion dénature les rapports sociaux en contribuant à leur déséquilibre et en favorisant des revendications infondées. Il ne contribuerait même pas à l’égalité tant les pouvoirs d’achat sont parfois différents d’une région à l’autre et il pourrait constituer  un appel d’air pour une immigration « d’opportunisme » ajoutant à la déstabilisation sociale.

 

L’attribution à tous d’un revenu par l’Etat poserait encore une question de démocratie. Car qui paye contrôle selon le vieil adage. Et tous risqueraient de devenir les obligés de l’Etat, des clients au sens romain du terme. Bismark l’avait compris qui institua l’Etat-providence dans le but presque avoué de contrôler les populations, de les tenir par les allocations distribuées comme Rome soumettait sa populace par la distribution de pains et de jeux.

 

La vraie égalité ne saurait être octroyée comme une manne accordée par une nomenklatura qui en garde le contrôle. Elle est celle des hommes auxquels est garantie la liberté de penser et d’agir, de créer et d’aimer sans dépendre de l’argent des autres. Elle est celle que l’état de droit permet à chacun de conquérir par l’effort et l’accomplissement de soi.

 

Un financement impossible

Au demeurant, le coût du revenu universel serait prohibitif. Il serait de l’ordre de 480 milliards d’euros en France pour un revenu de 785€ par mois. Un coût totalement irréaliste et insupportable pour les contribuables qui devraient payer ou partir à l’étranger pour y échapper. L’OCDE a calculé qu’en répartissant également le montant total des dépenses sociales des pays développés entre chaque individu quelle que soit sa situation, chacun percevrait une somme très modeste, soit pour les Français par exemple à peine 20% du seuil de pauvreté.

 

Financer un Revenu universel, cela signifie augmenter les impôts de ceux qui produisent, innovent, entreprennent. Ca n’est pas en taxant les robots, comme le propose Bill Gate, qu’on y arrivera. Bâtir un projet politique sur les promesses intenables d’une abondance obtenue sans travail est le fruit d’une irresponsabilité capable de dégénérer en médiocrité universelle au mieux et en tyrannie larvée ou affichée au pire.

 

Car l’égalitarisme qui tue l’initiative et l’incitation au travail nivelle la société par le bas jusque dans la grisaille des systèmes où ne survivent que ceux qui savent profiter de l’appareil du pouvoir, les apparatchiks. L’utopie est nécessairement vouée à l’infaisabilité que le pouvoir cherche alors à surmonter en augmentant les prélèvements qui pèsent sur les producteurs jusqu’à épuisement en même temps qu’il explique ses insuccès par la dénonciation de boucs émissaires condamnés pour les crimes improuvés de sabotage des illusions perdues comme autant de mirages évaporés sans fin.

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