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Ludovic Le Moan : les ambitions internationales d'un patron toulousain

Entreprendre.fr

Sa levée de fonds record, 100 M€ en février, a propulsé l’entrepreneur de 52 ans sur le devant de la scène. Mais qui est l’homme qui veut créer le futur géant mondial des télécoms ? D'abord titualire d'un CAP de tourneur, il devient ensuite ingénieur et se trouve aujourd'hui à la tête de Sigfox, promise a un très bel avenir.

Un réseau mondial

Permettre à tous les objets connectés de communiquer, c’est l’ambition de Sigfox. Pour cela, l’entreprise dispose d’une technologie de modems cellulaires dits UNB, permettant de créer un réseau mondial à bas débit.

 

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Le développement a pris 3 ans, dans le plus grand silence. «Quand on a entre les mains une telle technologie de rupture, c’est impératif car le risque de se faire piller est très grand». Aujourd’hui, alors que Sigfox estime avoir 18 mois d’avance sur ses concurrents, ses solutions intéressent les acteurs des télécoms et des objets connectés dans le monde entier.

 

«Atomic Anne» croit en lui

C’est à l’occasion du déplacement de François Hollande à San Francisco début 2014 que Ludovic Le Moan rencontre l’ancienne patronne d’Areva... devenue présidente du conseil d’administration de Sigfox.

 

«Anne nous permet d’asseoir notre crédibilité et de montrer que l’on durera 100 ans. Elle nous fait gagner du temps dans l’exécution», explique l’entrepreneur. Celle qu’il définit comme «un animal à sang froid» a notamment joué un rôle majeur dans la levée de fonds de 100 M€, réalisée 1 an après leur rencontre, et travaille actuellement à un nouveau tour de table, de 200 à 300 M€, avant l’introduction en Bourse.

 

Nul n’est prophète…

Si la technologie de Sigfox suscite l’intérêt du Brésil à Singapour, l’un des premiers opérateurs de télécoms français à se positionner sur le secteur, Bouygues Telecom, a choisi de s’associer avec un américain, Semtech (qui a racheté l’entreprise grenobloise Cycleo). Pas de quoi inquiéter Ludovic Le Moan.

 

«Nous n’avons jamais rencontré les équipes de Bouygues, ni aucun autre opérateur français. Mais nos concurrents n’ont pas la bonne technologie. Et, au-delà de la technologie, il faut être conscient qu’il s’agit d’un business mondial, que l’on ne peut pas développer seulement avec la France». C’est en tout cas le pari de l’entreprise.

 

CAP de tourneur

S’il est devenu ingénieur diplômé de l’Ensimag après un passage par les classes préparatoires, Ludovic Le Moan a pourtant été éjecté du système scolaire classique et orienté vers l’enseignement professionnel, où il obtient un CAP de tourneur. «Je sais ce que je dois au modèle français», explique l’entrepreneur. Faut-il y voir la raison de son patriotisme économique affiché ?

 

Serial entrepreneur

Avant Sigfox, Ludovic Le Moan a créé 2 entreprises : «Comme j’aime les challenges et apprendre, j’ai décidé de créer une boîte pour voir si je m’en sortais».

 

Après une première carrière à la direction d’une société de services, il fonde donc en 2000 Anyware Technologies, un des premiers spécialistes du logiciel de traitement des données objets (M2M), racheté en 2008 par Wavecom pour 13 M€. Il lance ensuite Scoop.it (initialement baptisée Goojet) avec Marc Rougier, qui dirige toujours l’entreprise, une solution de curation et de partage de contenus désormais basée à San Francisco.

 

L’homme de l’ombre

Si le dirigeant de Sigfox se met aujourd’hui en lumière, Christophe Fourtet, l’ingénieur à l’origine du projet, est plus discret. C’est le hasard qui l’a mis en relation avec Ludovic Le Moan, comme le raconte celui-ci : «J’ai découvert un ingénieur toulousain génial. Son projet végétait à l’Incubateur depuis plus de 1 an, Christophe pensait même mettre la clé sous la porte».

 

Quand Ludovic Le Moan en a pris les rênes, Sigfox ne réalisait que 100 K€ de CA. La jeune pousse a dépassé les 6 M€ en 2014, avant même la levée de fonds, qui devrait atteindre 12 M€ cette année et compte sur une croissance annuelle de 300% à partir de 2016.

 

Ô Toulouse

Son horizon est le monde mais Ludovic Le Moan reste attaché à sa province et s’implique dans le développement de l’écosystème digital toulousain.

On lui doit notamment le Camping, qui propose à des porteurs de projets un accompagnement intensif par des mentors, et la création de la TIC Valley à Labège, rebaptisée IoT Valley (IoT pour Internet of Things, Internet des objets) qui regroupe aujourd’hui 26 jeunes pousses du secteur.

 

Et c’est aussi dans la région que Ludovic Le Moan espère lancer son prochain projet : «J’ai envie de reprendre un village mort, de le rebâtir et d’en faire une smart city, intelligente, créative et durable. C’est fou je sais, mais j’y crois !». Si quelqu’un peut réussir, c’est certainement lui.

 

Un modèle français

Bluffé par Twitter, Google ou BlaBlaCar et «admiratif de ces entrepreneurs qui arrivent à créer un nouvel espace, à changer notre quotidien», l’une des références de Ludovic Le Moan est Roland Moreno, le génial inventeur de la carte à puce et le promoteur de la «théorie du bordel ambiant».

Mais le patron de Sigfox, lui, est un véritable entrepreneur, qui n’entend céder à personne l’exploitation de son réseau. Une ambition compliquée, quand les concurrents sont les géants mondiaux des télécoms...

 

Choisie par Samsung

En juin, l’entreprise toulousaine a été choisie par le géant sud-coréen qui intégrera le protocole de communication de Sigfox dans sa nouvelle plate-forme Artik équipant l’ensemble des appareils de Samsung, soit 200 millions de produits par an à l’horizon 2020.

 

À l’occasion de cette annonce, Young Sohn, président de Samsung Electronics, en charge de la stratégie du groupe, a indiqué que le conglomérat, n°1 mondial des téléphones portables et des écrans de télévision, réalisant 165 Mds€ (équivalant à 20% du PIB de la Corée du Sud), faisait son entrée au capital de Sigfox, pour un montant qui n’a pas été communiqué.

 

Un social-libéral ?

Comme une majorité de dirigeants du numérique, Ludovic Le Moan plaide pour une large autonomie accordée aux entrepreneurs. Pour autant, il souhaite que Sigfox reste en France.

 

«Notre pays mérite de garder une entreprise du potentiel de Sigfox. Avec des milliers d’objets connectés à Internet, c’est tout un écosystème qui va naître, créateur d’entreprises et de milliers d’emplois. Autant qu’il soit français...». Une prise de position qui rapproche ce patron rebelle ne devant «rien à personne» de celle du ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, dont il se dit un admirateur.

 

Le grand saut

On ne connaît pas de passion particulière à cet entrepreneur à l’agenda de ministre, dont le seul loisir consiste à la lecture de livres de mathématiques et de physiques.

 

Pourtant, en septembre, à l’occasion du lancement de l’accélérateur de l’IoT Valley baptisé le Connected Camp, le quinquagénaire n’a pas craint de faire un saut à l’élastique du haut d’une grue devant un parterre de collaborateurs, d’entrepreneurs et d’officiels. Un véritable symbole.

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