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PME : l'heure de la relocalisation a-t-elle sonné ?

Entreprendre.fr

Le made in France a le vent en poupe. Le mouvement de relocalisation observé depuis plusieurs années n’est pas marginal. Selon les experts, il existe une tendance prometteuse qui devrait se poursuivre dans les années à venir.

En France, la fin des Trente Glorieuses s'est accompagnée de mouvements massifs de délocalisation des activités de production au profit de pays offrant une main d’œuvre à bas coût. Désormais, ces entreprises se heurtent une difficulté de trois ordres : l'internationalisation de la concurrence, qui exerce une importante pression sur les coûts, notamment sur les produits de grande consommation, la transformation des modes de consommation qui atomise le marché de masse en un ensemble de marchés de niches dans une logique de « sur-mesure », et l'augmentation du niveau d'exigence des consommateurs, qui sont de plus en plus sensibilisés à la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE).

 

Le profil des entreprises concernées par la relocalisation

 

Les entreprises qui relocalisent tout ou partie de leurs activités en France  sont de toutes tailles, de secteurs variés et avec des positionnements différents. La relocalisation est un mouvement multiforme qui renvoie à des stratégies d’entreprises et à des déterminants macroéconomiques divers. Pour autant, ces stratégies ont un point commun : les entreprises concernées ont envisagé leur production à une échelle internationale.

 

L’ampleur du phénomène

 

Si les PME représentent 16 % des délocalisations enregistrées depuis 2009, elles participent a contrario à 44 % des relocalisations constatées. Les PME travaillant principalement en séries plus courtes en apportant plus de personnalisation au client, elles bénéficient donc moins des avantages de la délocalisation qui jouent majoritairement sur les grandes séries.

 

Existe-t-il un ou plusieurs types de relocalisation ?

 

On distingue communément trois types de relocalisations :

 

§  Les relocalisations d’arbitrage qui sont opérées par de grands groupes suite à la  comparaison entre différents sites d’implantation possibles. Ces relocalisations sont souvent consécutives au lancement d’un nouveau projet et sont associées à des investissements dans une technologie innovante ou dans une nouvelle gamme de produits.

 

§  Les relocalisations retour interviennent après avoir fait l’expérience de la délocalisation, majoritairement suite à une évolution des marchés ou du positionnement de l’entreprise sur ces marchés. Elles sont pratiquées par les entreprises qui redécouvrent les avantages de la France après avoir écumé les avantages de la délocalisation.

 

§  Les relocalisations de développement compétitif, quant à elles, s’appliquent à des PME qui ont d’emblée confié leur production à l’étranger, et qui, dans le cadre de leur croissance, décident de développer leurs nouvelles gammes en France.

 

Les déterminants de relocalisation

 

En optant pour la relocalisation, les entreprises obéissent à plusieurs stratégies et logiques économiques. Il peut être question d’une logique d'offre : optimisation du site de production, optimisation des capacités de production et de recherche grâce à un site compétitif, réduction des coûts, éviction des coûts liés à une délocalisation (coûts de transport, coûts liés aux malfaçons…).

 

Il peut aussi s’agir d’une logique de demande : changement de gamme, renouvellement des gammes et révision de la chaîne de réactivité de l’entreprise (personnalisation des produits ou des services…). La relocalisation est également un outil de valorisation et de communication : communication sur le « made in France » et sur les valeurs associées à l’image de la France. Ce mouvement s’inscrit dans une logique d’innovation et manifeste la volonté de maîtriser l’écosystème productif et créatif.

 

Les enjeux associés à la relocalisation

 

La relocalisation peut être l'occasion d'enrayer les pertes d'emplois industriels. Force est cependant de constater que la relocalisation ne crée pas massivement des emplois, le nombre d’emplois créés reste en effet très modeste.

Moins que la relocalisation seule, le redémarrage de l'industrie autour de la thématique de l'industrie du futur (plus flexible, plus technologique, travaillant en séries courtes, personnalisées, à plus forte valeur ajoutée) devrait permettre de favoriser les arbitrages en faveur d'une localisation en France.

 

Réussir à regagner de la grande série sur de la production de masse semble assez peu probable. L’exemple de fabrication des chaussures de sport personnalisées en Allemagne et aux États-Unis est fort de sens. Les chaussures étant quasiment produites à la carte, le modèle fait donc l’objet d’une profonde transformation.

 

L’archétype antérieur était incarné par Nike qui assurait la conception et le design aux États-Unis et déléguait la fabrication en Chine. La Smart Factory chez Adidas échappe complètement à ce modèle grâce à l'automatisation, le modèle peut être assez inspirant pour les PME.

 

Le contexte est-il propice à la relocalisation ?

 

Plus attentifs à la provenance des produits et à leur traçabilité, les consommateurs se tournent vers les produits locaux, cette tendance restant encore assez marginale. Par ailleurs, les consommateurs s’enquièrent de produits plus personnalisés, plus adaptés à leurs goûts et sont disposés à les payer un petit peu plus cher, ces produits devenant alors possiblement fabriqués en France. Sur des produits de grande qualité, les salaires ne représentent plus qu'un faible montant du produit total.

 

L’érosion du pouvoir d'achat ou tout du moins sa progression très atténuée fait que le consommateur continue à privilégier le bas de gamme et le produit le moins cher dans ses achats quotidiens. Le propos est à nuancer secteur par secteur et produit par produit, certains produits se prêtant plus à la relocalisation que d'autres.

 

Lorsque le consommateur achète un produit dont le cycle de vie est plus long (renouvèlement tous les 2, 3 ou 4 ans), il peut être plus disposé à payer 15 ou 20 % de plus pour une fabrication locale ou plus proche. Cela semble moins vrai pour des produits quotidiens ou des achats répétés car cela représente finalement un surcoût important.

 

Allons-nous perdre les activités industrielles en France ?

 

Si la France n’avait pas sauvegardée les constructeurs automobiles en 2008, c'est tout une filière importante qui disparaissait et bon nombre de PME. Si le retour et la relocalisation ne sont pas gagnés, ils sont cependant rendus possibles notamment par tout le mouvement autour de l'industrie du futur.

 

Les entreprises doivent saisir cette opportunité car cela ne se fera pas spontanément. Il existe une opportunité pour la relocalisation des productions à plus forte valeur ajoutée, en plus petites séries, qui sont réalisées avec un investissement capitalistique plus fort que les grandes séries et les produits bas de gamme. Cela suppose d’accepter le jeu de la robotisation et l’accroissement de l'investissement, les réticences psychologiques étant encore assez présentes sur ces sujets.

 

Encourager la relocalisation des PME en France

 

Favoriser la commande publique orientée vers les PME semble essentiel, encourager les grands groupes à sous-traiter localement via les notations RSE et faire varier les cotisations chômage en fonction du comportement des groupes par rapport aux licenciements peuvent constituer des pistes de réflexions. Les potentiels de relocalisation des territoires français dépendent des activités qu'ils ont su conserver. Les PME sont plus susceptibles de s'implanter à proximité des grands donneurs d'ordre.

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