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Marc Simoncini : "Ma vision du management"

Marc Simoncini
Isabelle Jouanneau

Marc Simoncini, charismatique fondateur de Meetic qui lance ou investit en permanence dans de nouvelles start-ups ne cesse de parier sur les jeunes entrepreneurs français en développant son activité de business angel, notamment avec son fonds d’investissement, Jaïna Capital. Rencontre passionnante avec l’un des plus grands acteurs et soutiens de la nouvelle économie.

Entreprendre : Quel management pratiquez-vous au quotidien ?

 

Marc Simoncini : Je ne manage pas d’un point de vue opérationnel car nous suivons un nombre important d’entreprises dont certaines sous ma responsabilité, il m’est donc assez compliqué de faire du micro management. Je me concentre sur le management stratégique, ainsi, je définis les axes stratégiques de développement puis je délègue la responsabilité de la réalisation aux équipes. J’ai longtemps essayé de manager des entreprises, c’était possible tant qu’elles restaient petites mais dès lors qu’elles devenaient plus importantes, les choses se complexifiaient. Par ailleurs, j’ai vite atteint mes limites car je suis avant tout un entrepreneur et pas un manager, ce qui n’est pas la même chose. Très vite, j’ai appris à m’entourer des personnes meilleures que moi sur les sujets de management. Comment identifiez-vous un bon manager ? On distingue différents types de profils : certains sont faits pour manager beaucoup de projets, d’autres pour animer un nombre important de personnes, ou encore manager de nombreuses problématiques. Certains profils psychologiques ou certaines formations sont plus adaptés au management. Mon profil n’est pas celui d’un manager d’équipes mais je suis capable de manager plusieurs projets en même temps et de donner l’impulsion nécessaire au départ pour insuffler la dynamique.

 

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Quelle est votre philosophie en termes de gestion du capital humain ?

 

Marc Simoncini : Le fait que je délègue énormément suppose d’avoir pleinement confiance dans les collaborateurs qui prennent la responsabilité des projets. La confiance et la connaissance intime des gens avec qui je travaille est essentielle. Souvent, j’essaye de travailler avec des associés avec qui nous avons déjà créé des choses pour qu’il y ait une véritable connivence. Je sais pertinemment qu’il est assez difficile de travailler avec moi, de plus, je suis un affectif ce qui n’arrange pas forcément les choses. Comment fédérer les hommes autour d’un projet collectif ? J’y mets beaucoup d’énergie. Je me fie beaucoup à mon instinct. Lorsque je pense qu’il faut lancer un projet, il est très difficile de me convaincre qu’il ne faut pas le faire même si parfois, et souvent, je me trompe. Je transmets cette énergie qui m’anime aux autres. Il y a des gens qui sont payés pour dire « on y va et on va le faire ainsi », et d’autres qui disent « on va le faire mais tels problèmes vont se poser ». Je suis continuellement en train d’arbitrer entre les gens qui disent « oui… et » et ceux qui disent « oui… mais ». Mon travail consiste donc à convaincre. C’est un problème d’enthousiasme, d’énergie et de conviction que j’essaye de communiquer aux personnes qui m’entourent. Bien entendu, je me trompe parfois, mais parfois nous réussissons. C’est le jeu, il faut l’accepter. Si je venais à me tromper systématiquement, je ne parviendrais plus à convaincre et je changerais de métier.

 

L’image très négative que l’on se fait en France de l’échec est-elle une difficulté manifeste ?

 

Marc Simoncini : Ce fut longtemps un problème : on appelait ceux qui avaient échoué dans leur première boîte des « faillis ». Il est difficile de vivre avec cette étiquette, j’en parle d’autant plus librement que j’en suis un : j’ai déposé le bilan lorsque j’avais 25 ans. Il faut se souvenir de ce qui s’est passé dans les années 2000 : des centaines d’entreprises se sont créées avec l’explosion commerciale d’Internet. L’explosion de la bulle a suivi, entraînant une génération de faillis. Des dizaines et des dizaines de startups ont mis la clé sous la porte. Les Français dans leur entourage proche ou un peu plus éloigné ont tous connu quelqu’un qui a monté une start-up et qui s’est planté. Dès lors, l’échec a été relativisé et une capacité de pardon est apparue après les années 2000. Ce changement de conception a donné un grand bol d’air et les faillis n’ont plus été vus comme des perdants. Cela a permis de  déculpabiliser, les personnes ont appris de leurs erreurs, et souvent elles ont rebondi et sont reparties dans une nouvelle aventure. L’échec est toujours mal perçu en France mais beaucoup moins qu’avant. Nous avons parcouru du chemin mais la route est encore longue.

 

Quels sont, d’après vous, les leviers à actionner pour accroître la motivation et l’implication des salariés dans l’entreprise ?

 

Marc Simoncini : Il existe une manière simple. Toutes les entreprises dans la nouvelle économie associent les salariés dans le capital. Tous les salariés, ou la plupart, sont associés au projet et sont actionnaires, ou peuvent le devenir. La logique d’un entrepreneur dans la nouvelle économie est en effet d’associer son équipe au projet. Cette logique n’existait pas avant, les capitaux familiaux étaient verrouillés et la salariés n’y avaient pas accès. Dans le numérique, il s’agit d’une évidence et cela se vérifie dans quasiment 100% des cas, les salariés sont intéressés au succès. Le souci étant que les outils fiscaux à la disposition des dirigeants d’entreprise qui souhaitent associer leurs salariés ont été bloqués suite à des abus constatés dans l’ancienne économie. Nous sommes en train de prendre les balles perdues dans la nouvelle économie. Désormais, il est devenu très compliqué, voire impossible, de redistribuer des actions gratuites alors que c’était un outil formidable de motivation. Concernant les stock-options, n’en parlons pas. La situation est devenue très complexe car on part systématiquement dans une logique d’associer nos employés mais les outils tenus à notre disposition ont été considérablement durcis, voire supprimés. On souffre énormément de cette situation et on se trouve dans des situations ubuesques où l’on incentiverait un Anglais qui viendrait travailler chez nous mais pas un Français, du fait que l’on puisse donner des actions gratuites à l’Anglais mais pas au Français. Le message que nous essayons de faire

 

Considérez-vous vos salariés comme acteurs de votre réussite ?

 

Marc Simoncini : Bien sûr, c’est une évidence ! J’ai toujours dit que chez Meetic, tout le monde était meilleur que moi à son poste. Je ne savais pas faire la moitié du travail que faisaient mes collaborateurs. La réussite de Meetic, ce n’est pas moi. J’ai eu l’idée au départ, j’ai donné l’impulsion et l’énergie pour lancer le mouvement, mais ensuite, je n’ai pas été pas acteur de la réalisation. Il est évident que les personnes doivent être associées et participer au capital de l’entreprise.

 

En tant que dirigeant, doit-on forcément être aimé de ses équipes et de ses salariés pour réussir ? Lorsque vous lancez un projet, cherchez-vous l’adhésion autour de vous ou passez-vous en force si nécessaire ?

 

Marc Simoncini : C’est un peu les deux à la fois, une sorte d’amour vache où j’aimerais bien que tu m’aimes mais si tu ne m’aimes pas, on y va quand même. C’est là où l’on mesure si un entrepreneur a la capacité de transmettre son envie et son énergie. En réalité, je n’ai pas le souvenir d’être passé en force, j’ai toujours réussi à convaincre mes équipes et à obtenir leur adhésion. Je pense que si j’avais souhaité impulser un projet à un moment et que j’avais senti fondamentalement la réticence de mes équipes, j’aurais décidé de reculer. Souvent, j’écoute leurs avis et lorsque je sens qu’il n’y a pas l’unanimité et un consensus massif, je change d’avis. Je suis plus dans une démarche de conviction que de persuasion.

 

Quelle discipline vous imposez-vous en tant que manager stratégique ?

 

Marc Simoncini : Aucune, mais je dors peu. Aujourd’hui, nous gérons une multitude d’entreprises, dont Jaïna Capital, et une centaine à titre personnel. Pour vous donner un ordre d’idée, hier, j’avais 10 000 messages non lus dans ma boîte mails. C’est difficile, que voulez-vous que je m’inflige comme discipline ? La seule discipline que je m’imposais jusqu’à il y a trois ans, était de rentrer chez moi le soir en n’ayant plus un mail non lu. Aujourd’hui, je suis à 10 000 mails non lus, c’est foutu, je n’ai plus de discipline du tout.

 

Pour vous, à quoi tient le succès d’une entreprise et comment définiriez-vous la notion de succès ?

 

Marc Simoncini : J’ai une définition très modeste du succès : une entreprise est en situation de succès lorsqu’elle arrive à l’équilibre financier. Une entreprise a gagné lors-qu’elle parvient à être rentable, soit à être au point d’équilibre, ce qui est très compliqué à atteindre, lorsqu’elle n’est plus menacée de danger de mort car elle est capable de payer ce qu’elle dépense. Cela peut sembler idiot, mais c’est déjà un succès phénoménal. Pour vous donner un ordre de grandeur, sur les 50 entreprises que Jaïna a financé, seules 3 ou 4 sont à l’équilibre et 46 autres perdent de l’argent. Amener une société à l’équilibre constitue déjà un succès, y parvenir est extrêmement compliqué.

 

Comment peut-on simplifier le financement de la nouvelle économie ?

 

Marc Simoncini : Nous créons des envies, des phénomènes de mode, des services qui peuvent apparaître ou disparaître. Le problème du financement est névralgique. En France, le financement est essentiellement fondé sur la dette, les entreprises se sont toujours développées en empruntant de l’argent aux banques. Elles pouvaient le faire car elles avaient des usines, des entrepôts, des brevets et les banques prêtaient, en gageant ces biens matériels qu’elles pouvaient sécuriser. Dans le numérique, cela n’existe pas, nous n’avons rien si ce n’est des idées et de l’énergie et les banques ne peuvent donc pas nous prêter. Le seul moyen de financer la nouvelle économie est de se baser sur le capital et non plus sur la dette. Les entreprises du numérique doivent accéder au capital, et là encore, les outils le permettant ont été complètement verrouillés. Dans l’ancienne économie, cela se passait différemment. Aujourd’hui, on a de grandes difficultés à accéder au capital, il existe une multiplicité de freins, de barrières et une fiscalité punitive sur le financement en capital. Ce n’est pas que l’on préfère utiliser le capital plutôt que la dette, mais il est devenu impossible d’accéder à la dette. Le gouvernement doit comprendre que les entreprises de la nouvelle économie doivent avoir des investisseurs qui prennent des risques immenses, car lorsqu’ils mettent de l’argent dans une start-up, il n’y a rien en face, si la boîte se plante, il n’y a plus rien, pas de vente possible de machines, d’usines… Financer une entreprise de la nouvelle économie constitue un risque inouï et la fiscalité devrait tenir compte de ce risque, or aujourd’hui, ce n’est absolument pas le cas.

 

Les hommes politiques saisissent-ils les enjeux de la nouvelle économie ?

 

Marc Simoncini : Cela va trop vite, le tempo du politique n’est pas celui du monde qui va aujourd’hui à une vitesse hallucinante. Tout se joue en temps réel et le législateur en prise avec une grande complexité est toujours asynchrone et donc fatalement en retard. Il faut très rapidement libérer le maximum de choses pour que l’énergie puisse jaillir. Je trouve le Medef formidable mais ses recommandations ne parlent pas, ce n’est pas ce dont on a besoin dans la nouvelle économie. Il faut des choses qui aillent plus vite, qui soient plus simples, et qui permettent de « décomplexifier » le système. On ne peut légitimement pas faire de reproche au politique qui est là pour gérer un timing beaucoup plus lent que le nôtre.

 

Comment définiriez-vous un bon entrepreneur ? Quelles sont les principales qualités requises pour réussir dans cet exercice ?

 

Marc Simoncini : Un entrepreneur dira « oui… et » et pas « oui… mais ». C’est un rêveur plein d’énergie. On me demande souvent comment je sais si je suis un entrepreneur ou non, mais je ne sais pas répondre à cette question. Lorsqu’un entrepreneur lance un projet, il voit les opportunités et non les problèmes. Un entrepreneur est quelqu’un qui, lorsqu’il voit un problème, se dit qu’il y a une opportunité. Les gens qui voient les problèmes comme des opportunités sont des entrepreneurs, ceux qui voient des problèmes comme des difficultés pourront être des gestionnaires, il faut donc les deux.

 

Dans un projet, quelle phase vous séduit le plus ?

 

Marc Simoncini : J’aime le lancement, c’est une phase grisante comparable à une histoire d’amour qui commence où le quotidien ne vient pas encore ternir la fougue du départ. L’entrepreneur est celui qui a des idées, qui aime découvrir, qui décide de prendre le sac à dos et de se lancer dans l’aventure. Entreprendre est une aventure extraordinaire, on ne sait pas de quoi sera fait le lendemain. Chaque matin, vous vous éveillez en sachant que vous allez passer une journée extraordinaire bien que neuf fois sur dix vous avez à gérer des problèmes. Le bonheur pour un entrepreneur est dans l’espace qui sépare deux « emmerdements ». Le vrai moment de bonheur est au début car il y a l’idée mais les problèmes ne sont pas encore présents.

 

En 2011, vous avez créé l’EEMI (Ecole Européenne des Métiers de l’Internet), avec Jacques-Antoine Granjon et Xavier Niel. Quels sont ses premiers résultats ?

 

Marc Simoncini : L’EEMI était une idée que nous avions chacun en tête sans en parler à l’autre. Un jour, nous avons évoqué notre envie respective de monter une école et nous nous sommes donc retrouvés tous les trois autour de ce projet. Constatant que les métiers d’Internet s’apprenaient tous sur le tas, et qu’il n’existait pas d’école formant à ces nouveaux métiers, nous nous sommes dit qu’au lieu de former des jeunes ou embaucher ceux qui ont eu la chance de se former sur le tas, nous allions créer une école qui ne formerait pas à des choses théoriques mais qui apprendrait des métiers à des jeunes. L’idée était de prendre des jeunes juste après le Bac et de leur proposer un panel de métiers répartis en plusieurs catégories. Nous les formons durant trois ans et on propose une pratique en stage le plus souvent possible. Nous étions originellement partis du postulat qu’en sortant de l’école, ils auraient quasiment eu un métier durant deux ans et demi, ce qui inciterait les entreprises à les embaucher et leur éviterait de se heurter à l’argument du manque d’expérience. Nous avons remis les cent premiers diplômes avant hier. Nous étions un peu terrorisés et nous nous demandions si notre idée de départ avait fonctionné. Sur les cent qui sont sortis, il y en a quatre qui n’ont pas d’emploi, soit un taux d’employabilité de 96% parmi les jeunes issus de cette formation. Notre idée a donc réussi.

 

Il y a un monde entre Meetic et Aztec (dameuse à neige) dans laquelle vous avez investi 7 millions d’euros en 2012. Comment sélectionnez-vous les projets dans lesquels vous vous lancez ?

 

Marc Simoncini : Dans les quatre ou cinq derniers projets que l’on a fait, on distingue deux cas de figure. Dans le premier cas, on a identifié un produit formidable et on a décidé de le lancer. Dans le second cas, on  a repéré une situation anormale, on a analysé pourquoi ce problème existait et on a créé une opportunité à partir du constat initial. Prenons deux exemples de situations anormales. Le marché de l’optique où les Français achètent une fortune leurs lunettes alors qu’elles sont très peu coûteuses dans les autres pays. Second exemple, la France est le pays le plus réputé au niveau de ses stations de ski, or aucun fabricant français ne faisait des dameuses, 100% des dameuses dans le monde étaient produites par deux sociétés. Un état de duopole est toujours source de problèmes. Face à ce constat, nous avons décidé de développer le troisième acteur sur ce marché. Cet univers n’est pas du tout le mien et c’est donc évidemment très compliqué. Même si je suis très déterminé, ce projet n’est pas le plus simple que j’ai mené et les concurrents déploient des trésors d’imagination pour que le marché reste aux mains d’un duopole. Le combat est un peu déséquilibré mais je ne désespère pas de trouver un chevalier blanc que ce combat amuserait.

 

Vous faites partie des managers qui investissent dans des start-ups et des sociétés en pleine croissance. Quelle est votre motivation première et les arguments pour vous convaincre ?

 

Marc Simoncini : J’adore les jeunes, à leur contact, je vieillis moins vite. Ils foisonnent d’idées qu’ils m’expliquent. Rester en contact avec ces jeunes me permet de rester dans le coup. J’ai un peu de bouteille, ce qui me permet de juger les projets qui me sont présentés. Je vois parfois de bons entrepreneurs mais dont le projet n’est pas bon, on leur dit qu’ils sont formidables mais on les invite à ne pas lancer ce projet en leur expliquant pourquoi nous pensons qu’il ne fonctionnera pas, on les encourage à trouver une autre idée car on sent leur potentiel personnel. J’ai vu passer tant de business model, de boîtes qui ont tenté de faire des choses, et des erreurs ahurissantes durant 30 ans que lorsque l’on me présente un projet, je vois tout de suite, et peut-être un peu mieux que les autres, où les problèmes peuvent apparaître. Paradoxalement, j’aimerais que les jeunes soient à l’écoute mais un entrepreneur est souvent très têtu, il pense tellement qu’il a raison. C’est ambivalent, car j’aimerais malgré mes réserves qu’il défende son projet et qu’il me convainque qu’il a raison. Quelque part, l’entrepreneur est un peu schizophrène mais c’est une bonne maladie .

 

Si vous aviez quelques années de moins et que vous sortiez des études, que feriez-vous et pourquoi ? Dans quels secteurs d’activité investiriez-vous ?

 

Marc Simoncini : Je ferais tout d’abord des études. Je me suis lancé sans avoir fait d’études et il m’a donc fallu beaucoup de chance car cela complexifie grandement votre parcours. Je partais de rien, je n’avais pas de travail, et j’avais 20 000 francs en poche que mon père m’avait prêté (j’ai mis douze ans à le rembourser). Rendez-vous compte de la chance qu’il m’a fallu et du travail que j’ai dû accomplir. Si j’avais fait des études, j’aurais peut-être obtenu plus facilement de l’argent des banques, des gens m’auraient peut-être rejoint, j’aurais peut-être fait moins de bêtises… Si je revis une seconde fois, je ferais des études à l’EEMI, bien sûr (rires). Je resterais dans le numérique car j’aime la liberté totale que permet ce secteur où finalement les erreurs ne coûtent pas très chères. On est dans le monde des idées, il n’y pas d’usine, pas de stocks, etc. Le numérique permet également une rapidité d’exécution formidable, c’est littéralement grisant. Je ferais donc la même chose même si je trouve que fabriquer des objets est quelque chose d’exceptionnel.

 

Un des thèmes récurrents dans l’opposition au gouvernement actuel est la fin des 35 heures et la révision du Code du travail. Quelle est votre position personnelle sur ces deux sujets ?

 

Marc Simoncini : Il s’agit de sujets névralgiques pour nous. Nous devons embaucher et débaucher très rapidement et avoir la possibilité d’incentiver nos salariés, le succès de notre société en dépend. C’est tout l’inverse de la réglementation qui nous asphyxie aujourd’hui. Notre métier en tant qu’investisseur consiste à acquérir des sociétés avec beaucoup de risques au départ, à essayer de les développer, puis à les revendre afin de pouvoir réinjecter de l’argent pour en acheter de nouvelles. Aujourd’hui, on ne peut plus vendre de sociétés en France avec la loi Hamon et l’obligation d’informer les salariés. En l’état actuel des choses, il m’est impossible de vendre une société : j’ai l’obligation de prévenir individuellement les 200 salariés, et si l’un d’entre eux fait un trek ou est en congé maladie, je suis dans l’incapacité de le prévenir comme la loi m’y oblige. C’est une aberration. Nous avons besoin de souplesse, de rapidité, de liberté, soit tout l’inverse du Code du Travail, du Code fiscal et de la manière dont cela se passe en France depuis 50 ans.

 

Quel pays vous semble être un modèle intéressant sur le sujet ?

 

Marc Simoncini : L’Angleterre, qui n’est pourtant pas un pays exotique, offre une souplesse beaucoup plus grande : le départ d’un collaborateur d’une entreprise est beaucoup plus simple et rapide. Il y aurait beaucoup moins de chômage en France si le cadre n’était pas aussi rigide, et si je pouvais embaucher 20 personnes dans le cadre du lancement d’un nouveau site en sachant que, si le projet échoue, je peux me séparer de cinq collaborateurs qui seront réembauchés car les employeurs n’auront plus peur de recruter. Le marché de l’emploi serait fluidifié. Finalement, à vouloir protéger les salariés, on les dessert.

 

Pensez- vous que les Français soient prêts à des réformes de fond dans le domaine du droit social ?

 

Marc Simoncini : Je suis un optimiste forcené et je pense que le principe de réalité va s’imposer. Les Français ont compris que ce n’est pas le gouvernement qui leur donne de l’emploi, ni tellement les grandes entreprises, mais plutôt les entreprises qui vont se créer. Je pense que l’on n’a jamais été aussi près du point de bascule où les gens vont prendre conscience et dire que leur avenir, c’est l’entreprise. Lorsque l’on voit le virage pris par le gouvernement depuis un an en termes de communication… Rappelez-vous ce qui s’est passé durant la campagne électorale : j’étais à deux doigts de faire mes valises de peur de me faire lyncher sur la place publique en tant que patron. Deux ou trois ans plus tard, le discours a radicalement changé même s’il reste quelques illuminés comme Gérard Filoche. Je pense que les Français ont compris, mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas conserver des garde-fous. Il est évident qu’il y aura des abus et qu’il faudra la plus grande sévérité pour les punir mais je pense que la France est en train de basculer en termes de mentalité. Le fait que l’on pivote est la plus belle chance qui se présente à nous. Cela aura pris du temps, mais les Français sont formidables lorsqu’ils sont au pied du mur et se transcendent.

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