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Médias : lettre ouverte à Emmanuel Macron

Bernard Pace

En marge du premier Conseil des ministres du gouvernement d'Edouard Philippe, l'Elysée a fait savoir qu'il choisirait les journalistes qui accompagneront Emmanuel Macron lors de ses déplacements en France et à l'étranger.

Cette décision a fait réagir une quinzaine de rédactions qui ont signé une lettre ouverte adressée au Président de la République, afin de faire part de leur inquiétude, concernant l'organisation de la communication présidentielle, notamment à l'occasion du déplacement d'Emmanuel Macron au Mali, en fin de semaine. En solidarité pour nos confrères, nous publions (en fin de ce texte) cette lettre ouverte…

 

Conditions de travail des journalistes

Le gouvernement d'Edouard Philippe a tenu son premier Conseil des ministres, jeudi 18 mai. Lors du traditionnel compte-rendu aux médias qui a suivi, Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, a été assailli de questions qui tournaient autour des conditions dans lesquelles les journalistes ont travaillé. En effet, contrairement à l'habitude, les journalistes n'ont pas pu assister à la sortie des membres du gouvernement, après le Conseil des ministres et les interroger.

 

Les journalistes n'ont pas, non plus, assisté à la traditionnelle photo de famille. «Ce n’est absolument pas une volonté de verrouiller la communication», a affirmé Christophe Castaner». D'après lui, il s'agissait d'une «raison pratique», car la photo de famille du gouvernement a été prise à l’intérieur de l’Elysée et qu'il fallait, pour cela, «une certaine liberté d’organisation». Il a également assuré que la sortie du Conseil des ministres serait ouverte à la presse «dès la semaine prochaine».

 

Ça va bien se passer entre vous et la presse?

Lors du compte-rendu aux médias, un journaliste a questionné Christophe Castaner, l'interrogeant sur le fait que l'Elysée souhaite choisir, dans les rédactions, les journalistes qui vont suivre Emmanuel Macron lors de ses déplacements. Et de conclure: «Rassurez-nous Monsieur Castaner, ça va bien se passer entre vous et la presse?».

 

Selon le porte-parole du gouvernement, il s'agit de favoriser les «échanges» entre Emmanuel Macron et les Français: «Il y a la volonté, notamment lors des déplacements, que le Président de la République, mais aussi celles et ceux qui l'accompagnent, puissent avoir la liberté de déplacement, la liberté d'échanges avec les Français. Et vous savez comme moi (..) que la présence de 50 journalistes, d'une dizaine de caméras, nuit un peu au dialogue direct et à l'échange que peut avoir le Président de la République avec les Français».

 

Contexte militaire

Il a alors tenté de rassurer la profession: «Bien évidemment, je souhaite réaffirmer, pour le Président de la République et pour le Premier ministre, notre attachement au respect de vos conditions de travail. Et comme porte-parole du gouvernement, j'y veillerai», a-t-il assuré.

Egalement interrogé sur les journalistes choisis par l'Elysée pour accompagner Emmanuel Macron lors de son déplacement au Mali, vendredi prochain, Christophe Castaner a fait valoir des raisons de sécurité et de planning: «Vous savez qu'on ne peut pas, non plus, organiser un déplacement au Mali, surtout dans des délais aussi courts, compte tenu du contexte militaire et des questions de risques qui portent sur nos épaules, dans n'importe quelles conditions», a-t-il fait valoir.

 

En bref, il s'agirait de renouveler la couverture et il n’y a pas de raison pour que l’Elysée soit systématiquement suivi par la presse politique. Un conseiller d'Emmanuel Macron à déclaré à Marianne: «Nous voulons ouvrir l’accès à des journalistes spécialisés, en fonction des domaines abordés: économie, social, défense, diplomatie, sport, etc. L’idée est de permettre à plusieurs journalistes de chaque rédaction d’avoir un regard sur la Présidence, au lieu de s’enfermer dans un tête-à-tête avec quelques journalistes politiques», a poursuivi ce conseiller.

 

Mais il affirme que l'Elysée ne désigne pas les journalistes: «Nous ne choisissons pas les journalistes (...). Nous indiquons notre préférence pour chaque déplacement, en raisonnant par domaines». Des explications qui n'ont pas convaincu un bon nombre de rédactions. Une quinzaine d'entre elles ont adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron.

 

«Il n'appartient en AUCUN CAS à l'Elysée de choisir ceux d'entre nous qui ont le droit ou non de couvrir un déplacement, quel qu'en soit le thème (défense, diplomatie, économie, éducation, social, etc.), écrit le texte de cette lettre ouverte : «Ce n'est pas au Président de la République, ou à ses services, de décider du fonctionnement interne des rédactions, du choix de leurs traitements et de leurs regards», poursuit la lettre ouverte. Et de conclure: «Alors que la défiance pèse de plus en plus sur l'information, choisir celui ou celle qui rendra compte de vos déplacements ajoute à la confusion entre communication et journalisme, et nuit à la démocratie».

                                                                                                                                            

 

 

Lettre ouverte des rédactions à Emmanuel Macron

 

"Monsieur le Président,

 

Vous effectuez demain votre premier déplacement de chef d'Etat au Mali. Avant votre décollage, nous souhaitons vous transmettre nos inquiétudes quant à l'organisation de la communication présidentielle qui est en train de se mettre en place depuis votre entrée en fonction. Pour des raisons de place ou de sécurité, nous comprenons la nécessité de constituer des pools de journalistes, parfois, et à condition que toutes les rédactions y aient accès selon un roulement établi.

 

En revanche, il n'appartient, en AUCUN CAS à l'Elysée, de choisir ceux d'entre nous qui ont le droit ou non de couvrir un déplacement, quel qu'en soit le thème (défense, diplomatie, économie, éducation, social, etc.). Ce n'est pas au Président de la République, ou à ses services, de décider du fonctionnement interne des rédactions, du choix de leurs traitements et de leurs regards. Ce choix relève des directions des rédactions et des journalistes qui la composent, qu'ils soient permanents ou pigistes, JRI ou reporters, photographes ou dessinateurs.»

 

Signataires : Libération - AFP – BFMTV - Europe 1 – Le Figaro - France Info -  France Inter - JT de M6 - Mediapart - Le Parisien - Le Point – RFI - RMC - TF1 - RTL - Reporters Sans Frontières - L'Express

 

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