Accueil > Mephisto : le petit chausseur lorrain qui a séduit George Clooney et Sean Connery

Mephisto : le petit chausseur lorrain qui a séduit George Clooney et Sean Connery

Entreprendre.fr

Portées par George Clooney, Steven Spielberg ou Cate Blanchett, les chaussures françaises marchent à grand pas... Il faut dire que l’entreprise familiale, créée en 1965 par Martin Michaeli, a fait de la qualité, du temps, de la persévérance et de la continuité les piliers de sa réussite. Vendue dans 90 pays, à travers 900 Mephisto-Shops et 18.000 points de vente, la marque de chaussures «moderne et confortable» qui séduit les stars n’en finit pas d’innover et de se renouveler.

 

C’est une belle histoire qui redonne espoir en l’entrepreneuriat, humain, incarné, audacieux. En 1964, Martin Michaeli, fringant ingénieur diplômé de l’Institut de la chaussure, rentre des États-Unis où il a passé 6 ans et économisé suffisamment d’argent pour fonder sa propre marque de chaussures.

 

à lire aussi

 

Ce sera Michaela (nom changé en Mephisto l’année suivante), avec une collection de mocassins élégants qu’il fabrique dans une ancienne école de la commune de Dalhunden, en Alsace. Si le carnet de commandes se remplit vite, grâce à la clientèle allemande toute proche notamment, Martin Michaeli doit faire face à d’autres problèmes.

 

«Les difficultés étaient quotidiennes», se souvient-il. «Par exemple, nous avons dû déménager plusieurs fois, nos locaux devenaient vite trop exigus. Il a fallu convaincre les élus de nous aider dans nos choix d’implantation, faire nous-mêmes des choix parfois difficiles concernant nos collections, nos approches stratégiques…», poursuit le dirigeant qui s’installe finalement à Sarrebourg, en Moselle, dans une ancienne écurie et fabrique 80 paires par jour en 1965, 420 en 1967, 1.200 en 1971 !

 

Avec le succès, arrive rapidement l’envie d’exporter. Et c’est grâce à une chaussure particulière que Mephisto s’impose à l’international...

 

À chaque pied sa chaussure

«Il n’est jamais aisé de conquérir un marché international. C’est un combat de tous les jours. Pour s’imposer, il faut y croire, persévérer, ne rien lâcher…», explique Martin Michaeli qui part à l’assaut de l’Europe, du Japon et de l’Afrique du Sud dès les années 70.

 

Le monde est en plein bouleversement, la société se libère et Mephisto fait mouche avec les Raglers, qui combinent chaussure de ville et chaussure de sport. Dotées d’une semelle révolutionnaire et d’un laçage ultra-rapide, elles offrent un astucieux compromis entre la basket et le soulier de cuir.

 

«Moderne et confortable ! C’est la ligne que nous avons adoptée et qui s’est révélée l’une des forces de la marque. La qualité, le confort et la technicité sont les choix qui nous ont permis d’être présents sur la scène internationale, avec des collections qui répondent aux attentes des consommateurs», raconte le patron qui s’adapte au cou-de-pied plus haut et au pied plus large des Chinois, à la cambrure plus forte des Américains ou aux goûts plus «modes» des Italiens.

 

«Les collections doivent donc proposer un grand nombre de modèles, de cuirs et de couleurs, pour s’adapter aux goûts de chaque pays… soit 600 modèles par saison», insiste Martin Michaeli qui exporte 80% de sa production.

 

Au plus près des consommateurs

Au fil des années, Mephisto met au point un certain nombre d’innovations technologiques, comme l’Air Bag, le Shock Absorber, la semelle Ultra Light ou la technologie Soft Air.

 

«Il s’agit d’une semelle intercalaire qui permet de préserver le dos, les disques et la colonne vertébrale. Cette technologie est présente dans toutes nos chaussures. Elle permet une marche sans fatigue», commente fièrement l’entrepreneur. Dans un univers concurrentiel, qualité et innovation permettent à la marque de résister aux crises. Ainsi, une part importante des 176 M€ de CA est consacrée à la R&D.

De même, ces stylistes parcourent le monde entier afin de dénicher les dernières orientations en matière de style et de couleurs, tandis que des ingénieurs étudient différentes technologies pour que chaque gamme atteigne un chaussant parfait. Les consommateurs s’y retrouvent, et même les stars hollywoodiennes comme Jennifer Aniston, Clint Eastwood, George Clooney ou Sean Connery deviennent «Mephistophiles». «Je porte les meilleures chaussures du monde !», ira jusqu’à déclarer ce dernier.

 

Tourné vers l’avenir

Dans le monde, Mephisto compte aujourd’hui 18.000 détaillants mais surtout 900 Mephisto-Shops. «Plutôt que la franchise, nous proposons un partenariat sous la forme d’un contrat d’exclusivité qui permet à nos partenaires de bénéficier de la notoriété d’une grande marque, d’un accès prioritaire à nos stocks, d’une formation spécifique et de bien d’autres avantages encore», commente le patron. «À Helsinki comme à Paris, à Pékin comme à Rome, ils proposent des collections homme et femme tout en affichant les mêmes exigences d’accueil et de conseil».

 

Rejoint à la fin des années 90 par sa fille Stéphanie, «qui s’occupe de la partie commerciale», et par son fils Marc, «plus orienté vers la production», Martin Michaeli, 79 ans, continue d’écrire l’histoire de Mephisto depuis son bureau de Sarrebourg ou lors de ses déplacements en Russie, en Amérique du Sud ou en Europe de l’Est, ses prochains marchés cibles. Un travail «en famille» fidèle à son pragmatisme originel.

 

«Nous nous connaissons bien et nous sommes parfaitement en accord sur les grandes lignes. Cette hiérarchie courte nous permet de prendre rapidement les décisions après concertation et dans une certaine sérénité. Cette indépendance n’a pas de prix. Pourquoi y renoncer alors que c’est également une des raisons de notre succès ?». Qu’on se le dise, Mephisto n’est pas près de vendre son âme au diable !

NOTRE KIOSQUE
En ce moment
A lire aussi
RECEVEZ
NOS DERNIERS
ARTICLES EN DIRECT
REJOIGNEZ LA COMMUNAUTE DES ENTREPRENEURS :