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Affaire Fillon : à qui profite le crime ?

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François Fillon a évoqué «un complot d’une grande ampleur, très professionnel» tandis que l’un de ses porte-parole, Thierry Solère, lui, a parlé d’un «coup d’État institutionnel». Que les faits soient avérés ou pas, la fameuse affaire « Pénélope Gate » pose une question : qui pourrait être à l’origine de ces informations afin d’en tirer les bénéfices politiques ?

La célèbre journaliste politique d’Europe 1, Catherine Nay, est considérée comme l’une des plus brillantes analystes de la vie politique française depuis près de 50 ans. Son avis sur la situation de François Fillon mérite l’attention : « Depuis son impressionnante victoire à la primaire, François Fillon n’a pas vraiment connu d’état de grâce. Très vite, les attaques sont venues sur son projet de réforme de la sécurité sociale. Il a inquiété. La riposte a sans doute trop tardé à venir. Puis voila qu’éclate « la bombe » : l’article du Canard Enchaîné.

 

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À peine avait-il le temps de parler de « boule puante » depuis Bordeaux, qu’une enquête était ouverte par le parquet pour suspicion d’emploi fictif et de détournement de fonds publics. Des accusations potentiellement dévastatrices. Il est monté au front sur TF1. On a vu un homme plutôt solide dans la tempête, maître de lui, même si l’émotion affleurait. Il a dénoncé des calomnies, assuré que le travail de sa femme était légal. Affirmant même « sans cette collaboration de mon épouse, je ne serais pas où je suis. »

 

Fillon : le mal est fait

Il n’empêche : le mal est fait. Avec ce qu’on appelle désormais la « Penelope Gate », François Fillon a été touché dans ce qui constituait l’ADN de sa candidature élyséenne : l’exemplarité. Pour l’opinion, et en particulier dans l’électorat de la droite et du centre, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy représente, sans doute à juste titre, l’homme droit, intègre et différent des autres grâce à sa probité et son honnêteté. Mais depuis les révélations du « Canard enchaîné », cette image s’est brouillée.

 

Entre 7900 et 10000 euros par mois

Comme le confie à « L’Évènement magazine » un sénateur de Paris, proche de Sarkozy et rencontré le 1er février dernier, « dans toutes les permanences des députés ou des sénateurs Les Républicains, les gens ne parlent que de ça. Que Fillon ait réellement employé son épouse ou ses enfants, ils ne sont pas contre et ce n’est pas un problème, puisque tout est légal. Ce qui les choque, c’est le montant des rémunérations citées, entre 7900 et 10000 euros par mois pour être l’assistante parlementaire de son époux, puis de son suppléant.

 

A qui profite le crime ?

Dans un pays où le salaire médian est d’environ 1800 euros, cela ne passe pas. Sans compter les 2500 à 3000 euros pour ses enfants qui étaient encore étudiants ! Après ça, il devient difficile de dire aux fonctionnaires « travaillez plus pour gagner moins » ou de promettre « du sang et des larmes » afin de redresser la France… » Dans l’équipe de François Fillon, on s’interroge donc depuis le début de l’affaire : à qui profite le crime ?

 

Première hypothèse : le ministère des Finances et par voie de conséquence, le gouvernement. Pour le député Les Républicains, Éric Ciotti, « il n’y a qu’un lieu où tous ces éléments comme les fiches de paie ou les déclarations fiscales sont recensées de façon exhaustive, c’est à Bercy… »

 

Macron en ligne de mire ?

En déclarant que l’administration des impôts aurait pu communiquer tous les éléments administratifs concernant Penelope Fillon au « Canard Enchaîné », le Président du conseil général des Alpes-Maritimes alimente la thèse d’un complot orchestré au plus haut sommet de l’État pour torpiller la candidature de François Fillon. Un dernier baroud d’honneur de François Hollande avant de quitter le palais de l’Élysée dans quelques mois et empêcher le retour de la droite en favorisant indirectement Emmanuel Macron ou François Bayrou s’il décidait de se présenter à l’élection présidentielle de 2017 ?

 

C’est la piste la plus politique et l’existence d’un « cabinet noir » à la présidence de la République, piloté par le secrétaire général Jean-Pierre Jouyet, revient forcément d’actualité.  Mais les fillonistes pensent aussi à une opération montée par l’ancien ministre de l’Économie qui a conservé de nombreux liens avec Bercy.

 

Certes, Emmanuel Macron s’est fendu d’un discours plutôt digne au début du mois de février dernier lorsqu’on lui a demandé de réagir à l’affaire Fillon : « Je pense que face à cette situation, il faut beaucoup de calme et d’exigence collective, et se concentrer sur le fond des sujets. Néanmoins, dans ce contexte, il est évident avant qu’il y a une demande de transparence à laquelle doivent se soumettre toutes celles et tous ceux qui sont candidats à l’élection suprême. Dans ce contexte, je ne veux pas céder à l’hallali, aux théories du complot ou au refus de répondre. Cette affaire ne disqualifie pas François Fillon. Il faut que la présomption d’innocence soit respectée, il faut que les individus soient respectés et que la dignité de la vie politique soit préservée mais avec le niveau d’exigence qui vaut pour toutes et tous. »

 

Mais pour les partisans de Fillon, ces déclarations du fondateur d’En Marche ! résonnent comme un véritable coup de poignard.

 

Selon une porte-parole de l’ancien député-maire de Sablé-sur-Sarthe, « comme par miracle, Macron a dépassé Fillon dans les sondages au lendemain des articles du « Canard enchaîné ». Il a dû accumuler les dossiers plus ou moins compromettants durant son passage au ministère de l’Économie et comme François Fillon se maintenait en tête, Macron et son équipe ont mijoté cela pour déstabiliser notre candidat… 

 

Rachida Dati, François Baroin ?

Rachida Dati qui figure dans la ligne de mire de Fillon et de son staff. L’ancienne garde des Sceaux voue une haine tenace envers son ancien chef du gouvernement et encore plus depuis qu’elle a été évincée pour l’investiture en vue des prochaines législatives dans la circonscription parisienne de François Fillon au profit de Nathalie Kosciusko-Morizet.

 

Depuis plusieurs semaines, elle a critiqué fermement le projet de Fillon et, début janvier, dans un tweet, rapporté par notre confrère « Le Parisien », la maire du VIIème arrondissement de Paris menaçait : « Si vous donnez cette circonscription à NKM, je vais me répandre dans la presse vous allez voir ! ».

Autre baron de droite à être soupçonné par ses « amis » : François Baroin. D'abord proche de Fillon avant de se rallier à Nicolas Sarkozy puis de se résoudre à rejoindre à nouveau le vainquer de la primaire, l'ex-protégé de Jacques Chirac a réservé le nom de domaine baroin2017 dès la publication  des révélations du canard Enchaôné. Comme soutien inconditionnel, on a connu mieux...

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