Accueil > Présidentielle : les médias disent-ils la vérité sur l'économie ?

Présidentielle : les médias disent-ils la vérité sur l'économie ?

Entreprendre.fr

PenelopeGate, Macron-mania… et absence de débat de fond : la presse s'agite pour de mauvaises raisons. À l'approche des élections, les têtes pensantes de l'économie sortent du bois. Nicolas Beytout (L'Opinion), Christian Saint-Etienne (économiste) et Jean-Baptiste Giraud (Economie Matin) interpellent les médias sur leur manque d'analyse.

 Quel rôle doivent jouer les médias dans l'élection présidentielle ?

Nicolas Beytout : Comme dans toute démocratie, les médias ont un rôle multiple : informer, provoquer le débat entre les différents candidats, mettre en lumière les divergences de point de vue des programmes… C'est un rôle très actif ! D'ailleurs, il n'y a pas de démocratie sans une presse libre.

 

Christian Saint-Etienne : Les médias jouent un rôle clé qui ne doit pas s'exercer uniquement pendant cette période. Le média idéal juxtapose l'information et la réflexion. Il a pour mission l'analyse, le décryptage et la mise en perspective. Or, ce n'est plus le cas aujourd'hui puisque 80% des Français détiennent la majorité de leurs informations de la tranche audiovisuelle de 19h-22h.

 

Pourtant, aujourd'hui, on assiste à la multiplication d'émetteurs d'informations, mais la mutation vers ces médias ne s'est pas faite. En outre, il est nécessaire que les médias investissent dans la qualité de l'analyse, la presse écrite ayant un rôle clé dans ce domaine.

 

Jean-Baptiste Giraud : La presse écrite doit s'imposer les règles des médias audiovisuels, notamment en termes de respect du temps de parole pour chaque candidat. Pour autant, je suis très choqué par l'affaire Fillon. Je suis partagé entre la nécessité d'informer et le fait de relayer de simples rumeurs.

 

Les médias devraient distinguer le candidat, qui fédère un mouvement d’ensemble, un courant d’idées, un projet… et l’homme, qui peut avoir commis des erreurs à titre personnel. Ce qui jusqu'à présent n'a pas été le cas. Dans cette affaire, la presse devrait se mettre en pause sur les attaques ad hominem et se concentrer sur la présentation et l’explication des projets politiques.

 

 La vérité économique est-elle la grande perdante de cette élection ?

Nicolas Beytout : Je ne sais pas si c'est la grande perdante mais ce dont je suis sûr, c'est que tous les débats de fonds sont les grands perdants de cette élection ! Certains pensent que le charisme ou la vision christique de certains candidats suffisent à déclencher des votes. Mais nous sommes toujours dans l'attente de vrais programmes ! Ceux d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen par exemple sont en partie virtuels. Quant à François Fillon, il est placé dans l’impossibilité de développer le sien…

 

Christian Saint-Etienne : Oui ! Les discours de Hamon, Fillon et Le Pen ne sont pas aussi différents de ce qu'ils auraient pu dire il y a 30 ans. Une révolution intellectuelle s'impose pour les médias comme pour les politiques. Actuellement, l'entreprise est présentée uniquement sous un éclairage comptable : on vérifie que les comptes fournisseurs et les comptes client sont au bon niveau mais rien de plus. Aucune vision stratégique n'est proposée !

 

Jean-Baptiste Giraud : Absolument ! Fillon a fait campagne sur des vérités pénibles à dire et à entendre, là où Macron fait rêver à des lendemains qui chantent. Cette élection aurait besoin que l'on analyse en détail les programmes économiques. Ainsi, Macron, malgré l’absence quasi totale de programme, est pourtant placé sur un piédestal !

 

Quant au programme de Marine Le Pen et ses 110 propositions, il est systématiquement moqué et battu en brèche, même par le gouverneur de la Banque de France, notamment au sujet de l’euro, quitte à manipuler les chiffres pour les rendre affolants, en prétendant que la sortie de l’euro coûterait 30 Mds€ par an.

 

 La connaissance de l'économie réelle est-elle suffisante chez les médias ?

Nicolas Beytout : Ce n'est pas la préoccupation des médias, et l'économie que vous appelez réelle est insuffisante chez eux. La presse fonctionne plutôt par slogans ou idées reçues. Ainsi, certains journaux reprennent les idées et le slogan de Benoît Hamon sur le travail qui disparaîtrait en France. Pourtant, la France en 2016 a créé 200.000 emplois malgré un taux de croissance faible (1,1%). L'idée que l'on ne crée plus d'emplois est démentie par les faits. Or, une partie de la presse ne s'attache pas aux faits.

 

Christian Saint-Etienne : Parmi les 600.000 élus, on compte 1.000 parlementaires, dont seulement 50 sont au niveau. Pour les médias c'est pareil. Sur 15.000 journalistes, moins d'un millier produisent l'information principale et seulement 50 sont au niveau en termes de connaissance économique et d'éthique.

 

Jean-Baptiste Giraud : C'est une catastrophe. Lors de mes conférences, je raconte souvent quelques anecdotes vécues dans des rédactions, comme cette consœur qui, en plein open space, a demandé à la ronde la différence entre chiffre d'affaires et résultats, ou encore cet autre qui ne connaissait pas la différence entre le brut et le net sur sa fiche de paie.

 

Ce déficit de culture économique au sein des médias français trouve ses racines dès l'école. Les sciences économiques et sociales devraient être enseignées dès le plus jeune âge, au moment de l'apprentissage des mathématiques. Dans les grandes radios périphériques, il n'y a que 3 ou 4 journalistes économiques. Pourtant, dans les rédactions, lorsque l'on traite de politique, de santé, de société, on aborde forcement l'aspect économique, sans pour autant maîtriser les chiffres et les mécanismes.

 

à lire aussi

 

 L'emballement pour le PénélopeGate, démontre-t-il que la presse ne s’intéresse pas aux vraies questions ?

Nicolas Beytout : Le PénélopeGate est naturellement un vrai sujet. Le problème, c'est l'hystérie sur ce seul sujet qui évacue le reste de l’actualité. C'est un phénomène connu dans les médias classiques, télé, radio et presse écrite : la hiérarchisation de l'information dans un cadre limité (x pages, x minutes d’antenne) fait qu’un sujet, et un seul, peut parfois écraser tout le reste. Et en ne traitant qu’un sujet, cela crée un sentiment d’acharnement. Idéalement, il faudrait faire coexister cette information majeure avec les autres.

 

Christian Saint-Etienne : C'est une affaire compliquée. Pourquoi l'affaire est-elle sortie en janvier et non en septembre dernier ? Grossièrement, je dirai que l'on peut s'octroyer le droit de «griller» un candidat à la primaire mais, une fois élu, on doit le laisser tranquille.

 

Sortir ce type d'informations après la primaire, c'est se moquer de 4 millions d'électeurs. Cette insistance devient malsaine. Pourtant, le PénélopeGate soulève de vraies questions : les élus ne devraient pas oublier que le salaire moyen en France est de 2.000 € par mois, même si, pour eux, la norme se situe à 20.000 € !

 

Jean-Baptiste Giraud : Ce que l'on reproche à Fillon, c'est qu'il n'a pas conscience que les montants en jeux sont énormes. Jamais on ne lui aurait reproché quoi que ce soit si Pénélope n'avait été payée que 2.000 € par mois ! Ce salaire de 4.700 € en moyenne concerne moins de 1% de la population française ! Et cette affaire nous prive du débat de fond nécessaire dans un vrai régime démocratique.

 

 Y-a-t-il un candidat favorisé par les médias ?

Nicolas Beytout : À chaque campagne électorale, les médias ont successivement plusieurs candidats «préférés» : ceux qui prennent bien la lumière, ceux qui bousculent le jeu, ceux qui font des révélations… La presse s'y intéresse un temps mais cela ne dure pas toujours. Le candidat actuellement favori des médias ? Emmanuel Macron… qui ne l'était pas il y a un an parce que, selon les journalistes, il n'avait pas de parti, n'avait jamais été élu… Et parce qu’il a réussi sa percée, il est devenu «le candidat des médias».

 

Christian Saint-Etienne : Macron massivement. Depuis 6 mois, la Macron mania dans les médias est à la limite du supportable. Tous en parlent avec la même emphase que pour Marx à l'époque. Les médias renvoient à une idéologie marxiste structuraliste avec une connotation à la Bourdieu. Macron peut tout faire : il va bientôt marcher sur l'eau s'il continue ! Cet engouement répond à la défiance du public vis-à-vis de la classe politique. Dans les deux principaux partis, ce sont les extrêmes qui parlent : Fillon, le candidat le plus à droite des Républicains et Hamon le plus à gauche du PS.

 

Jean-Baptiste Giraud : Ça crève les yeux : Macron, car il est sympathique, plus jeune que les autres, n’appartient soi-disant pas au système alors qu'il en est un pur produit… C'est un emballage marketing ! Macron est fabriqué avec des additifs simulant le goût et la saveur du renouveau, mais de son programme, on ne sait pas grand chose…

 

 Avez-vous choisi votre candidat pour l'élection présidentielle ?

Nicolas Beytout : Non. À L'Opinion, nous défendons une ligne libérale mais nous ne prendrons pas parti. Nous voulons continuer à être l'aiguillon libéral pour le futur président élu et pour le pays.

 

Christian Saint-Etienne : Je suis très embêté… J'apprécie le programme de Fillon mais la façon dont il le vend reste très décevante et son équipe de campagne semble très faible. D'autant qu'une question subsiste : peut-il mettre en œuvre son programme ? Macron dégage une énergie, certes, mais on ne connaît toujours pas son programme.

 

Quant à Hamon, il représente le reflet de la génération perdue avec sa vision rétrograde de la France. Pour Le Pen, même analyse qu'Hamon avec, en prime, une fermeture des frontières. À deux mois de la présidentielle, je suis très en colère que la classe politique n'ait rien de plus à nous offrir.

 

Jean-Baptiste Giraud : En analysant les différents programmes des candidats, Fillon était sorti du lot, comme un rayon de soleil dans un ciel gris. Aujourd'hui, il est tellement diminué, affaibli, que je n'envisage pas qu'il puisse faire grand-chose, même s'il est élu. Le Pen a un programme ambitieux mais jamais elle ne pourra le mettre en œuvre si elle est élue face aux contre-pouvoirs puissants, prêts à saborder le pays. C’est vrai aussi pour Fillon d'ailleurs.

 

Je crois en l'irrémédiabilité d'une crise majeure qui doit nous faire changer de régime, une VIème République par exemple. Il faut absolument une refondation majeure qui passera, c’est fort probable, par un chaos, afin de nous donner un nouveau modèle politique et économique. C'est inéluctable. Appelez cela une révolution, si vous voulez…

 

 

Nicolas Beytout, fondateur de L'Opinion et journaliste.

Jean-Baptiste Giraud, fondateur d’Économie Matin, journaliste, écrivain et serial entrepreneur.

Christian Saint-Etienne, économiste, universitaire, conseiller de Paris UDI et professeur titulaire de la chaire d'économie.

NOTRE KIOSQUE
En ce moment
A lire aussi
RECEVEZ
NOS DERNIERS
ARTICLES EN DIRECT
ABONNEZ-VOUS
Abonnement
27/03/2017
RT @FestimagesNatur: #LeBonCoin "1er pour l #immobilier, l #emploi, les biens de #consommation et l #automobile" Antoine #Jouteau @ajouteau…
27/03/2017
Pourdebon rapproche consommateurs et producteurs https://t.co/yLG9vjqj3c https://t.co/BjCIXNlt9N
27/03/2017
Creads finance le design on demand https://t.co/vmltwooT9M https://t.co/bewPbwgmhh
27/03/2017
RT @SNCFDev: [#ConsoCollab] Une nouvelle manière de voir la livraison de colis avec la #jeunepousse @cocolis_fr https://t.co/0Wy4UQ8I7u htt…
27/03/2017
Ilann Five : la mode nouvelle génération https://t.co/G0A6WVuFg2 https://t.co/MZXAzmcn3s
27/03/2017
RT @ProgrammeAIR: Découvrez l'offre du Programme AIR à destination des agents @SNCFReseau #Acceleration #Innovation #Rupture @MestreSegolen…
27/03/2017
La start-up WonderPush, pionnière européenne des Push Web https://t.co/JVTuYO6xn6 https://t.co/qsRNniZ66B
27/03/2017
RT @NathNeyret: Le Pôle Nord de Droite est toujours en gestion de communication de crise https://t.co/0P3iFVz0kL
27/03/2017
Vignoble : les investisseurs chinois toujours plus gourmands https://t.co/DwM8LY7S4i https://t.co/bWCsZHxZIY
27/03/2017
RT @TotiFrank: L'irrésistible montée en puissance du #crowdfunding https://t.co/GA4DwSjWsN #Crowdfunding via @Entreprendre
REJOIGNEZ LA COMMUNAUTE DES ENTREPRENEURS :