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Sondage : la majorité absolue pour Macron ?

Bernard Pace

Selon deux sondages publiés ces derniers jours La République En Marche ! aurait la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Emmanuel Macron serait en passe, donc, de réussir son pari. Après avoir fait éclater la gauche, après avoir affaibli la droite, après avoir marginalisé les extrêmes, le chef de l’Etat est en position de force, pour les élections législatives des 11 et 18 juin, avec son mouvement, La République En Marche !

Selon un premier sondage, Ipsos/Sopra Steria (1), pour France Télévisions et France Inter, publié mardi 30 mai, Emmanuel Macron semble en bonne voie pour obtenir une majorité à l'Assemblée nationale puisque l'alliance nouée entre La République En Marche! et le MoDem est créditée de 29,5% d'intentions de vote au premier tour des élections législatives des 11 et 18 juin.

 

Elle devancerait largement l'alliance Les Républicains-UDI, créditée de 22%, et le Front National, qui obtiendrait 18%. Derrière, la France Insoumise, de Jean-Luc Mélenchon (11,5%), ferait mieux que les candidats socialistes et radicaux de gauche (9%). Europe Ecologie Les Verts obtiendrait 3%, Debout la France, 2,5% et le Parti Communiste, 2%. Mais les rapports de force peuvent encore évoluer, puisque 34% des personnes interrogées estiment pouvoir changer d'avis.

 

Toujours selon ce sondage, 45% des Français ne souhaitent pas qu'Emmanuel Macron obtienne la majorité à l'Assemblée nationale, contre 28% qui le souhaitent. En outre, 27% affirment que, même s'ils ne le soutiennent pas, il est préférable qu'Emmanuel Macron et le gouvernement obtiennent cette majorité.

 

Enfin, ce sondage donne une idée de la perception des Français sur les premiers pas d'Emmanuel Macron en tant que président: 58% d'entre eux se disent «satisfaits» de son action, et 65% se disent «satisfaits» de la façon dont il incarne la fonction présidentielle.

 

Un deuxième sondage, Kantar Sofres-onepoint (2), pour le Figaro, RTL et LCI, publié également mardi 30 mai, témoigne d’une dynamique forte en faveur de la République En Marche!. Le nouveau Président de la République disposerait, à l’issue des législatives, de 320 à 350 sièges à l’Assemblée nationale, sur 577 sièges, bien au-dessus de la majorité absolue (289 députés).

 

Selon ce sondage, les candidats de la République En Marche! obtiendraient 31% des intentions de vote au premier  tour, devançant nettement les candidats LR-UDI (18%, auxquels on peut ajouter les candidats «Divers droite» qui obtiennent 1,5% des voix). Les candidats du Front National recueilleraient 17% des intentions de vote. A gauche, la France Insoumise recueillerait 12% des intentions de vote, le Parti Socialiste et les Radicaux de Gauche, 8%, et les candidats d’Europe Ecologie-Les Verts, 3,5% des voix.

 

Les candidats de la majorité présidentielle arrivent donc largement en tête des intentions de vote au premier tour. On note que 20% des électeurs de François Fillon et de Benoît Hamon à la présidentielle se reporteraient, dès le premier tour, sur les candidats de la République En Marche!, signe que la stratégie de rassemblement et d’ouverture du Président et de son Gouvernement semble fonctionner.

 

Les Républicains, l’UDI et les Divers Droite enverraient 140 à 155 députés à l’Assemblée nationale. Enfin, le Front National, malgré ses 17% d’intentions de vote, qui se heurte au scrutin majoritaire, ne disposerait que de 10 à 15 députés et rencontrerait des difficultés à former un groupe. En 2012, déjà avec 14% des voix au premier tour, le Front National n’avait pu se maintenir que dans un nombre réduit de circonscriptions et n’avait fait élire que 2 députés.

 

«L'étiquette La République En Marche! est très porteuse, la porosité porte ses fruits puisque plus d'un tiers des électeurs Les Républicains seraient prêts à voter pour le mouvement d’Emmanuel Macron qui profite aussi de ses premiers jours réussis, de l'éclatement du paysage politique et de l'effet présidentielle», analyse Emmanuel Rivière, Directeur Général France de Kantar Public,

 

La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon obtiendrait 20 à 30 sièges avec les communistes, soit un peu moins que le Parti Socialiste (9%), réduit à peau de chagrin, avec un groupe composé de 40 à 50 députés, bien loin des 331 députés de 2012. «La France Insoumise est la formation politique qui recule le plus par rapport à la présidentielle. Mélenchon paye son attitude boudeuse de l'entre-deux-tours et la mésentente avec le Parti Communiste», observe Emmanuel Rivière.

 

Autre information de ce sondage: 61% des personnes interrogées jugent «probable» qu'Emmanuel Macron obtienne la majorité, soit un bond de 21 points depuis le début du mois. «On observe un processus d'acquiescement, l'idée que le président de la République doit avoir sa majorité s'installe et provoque un effet démobilisateur pour les autres formations politiques», souligne Emmanuel Rivière, qui note un «recul de l'envie de cohabitation». Et cet avis est majoritaire même chez les électeurs Les Républicains-UDI (55%) ou de la France Insoumise (55%).

 

Près de 40% des Français souhaitent, aujourd’hui, qu’Emmanuel Macron dispose d’une majorité pour gouverner, en progression de 6 points par rapport à début mai et parmi ceux-ci, ils sont, maintenant, 75% à souhaiter une majorité absolue (+15 pts). A l’inverse 42% des Français souhaitent qu’il y ait une autre majorité à l’Assemblée nationale et donc une cohabitation. Cette opinion est en recul de 7 points et elle est largement partagée par les électeurs de Jean-Luc Mélenchon (57%), de François Fillon (61%) et surtout de Marine Le Pen (70%).

 

Autre enseignement de cette enquête: la mobilisation des électeurs serait plus élevée que lors du précédent scrutin législatif, en 2012. L'indice de participation est de 63%, soit près de six points de plus par rapport au taux d'il y a cinq ans (57,2%). «L'envie de voir des nouvelles têtes peut faire davantage déplacer les électeurs, ce qui serait inédit», commente Emmanuel Rivière. «Depuis six mois, les Français ont envie d'écrire une nouvelle page avec de nouveaux visages.»

 

L'avance dont bénéficie Emmanuel Macron sur les autres formations politiques est cependant à relativiser. Plus d'un tiers des électeurs n'a pas encore fait son choix définitif. En 2012, après l'élection de François Hollande, le Parti Socialiste était crédité de 34% des intentions de vote, soit trois points de plus. «Hollande bénéficiait d'un soutien populaire. Il était porté par la logique mécanique de gloire au vainqueur et par un Front de gauche faible», rappelle Emmanuel Rivière. Près de trois quarts (71%) des sondés sont intéressés par ce scrutin, et en majorité, les électeurs de François Fillon (85%).

 

Quant à l'avenir des partis politiques, l'enquête montre que François Baroin s'impose comme l'homme fort de la droite: 47% des sympathisants (hors Front National) estiment que l'ancien ministre de l'Intérieur «incarne le mieux l'avenir de la droite», assez nettement devant Nicolas Sarkozy (21%), Xavier Bertrand (19%), Laurent Wauquiez (15%) ou encore Valérie Pécresse (11%).

 

A gauche, Jean-Luc Mélenchon est pour 43% des sympathisants de gauche la personnalité qui incarne le mieux la gauche pour l’avenir, devant Benoît Hamon cité par 28%. Les autres personnalités sont peu citées: Martine Aubry est évoquée par 13% des sympathisants de gauche et Ségolène Royal par 12%. L’ancien Premier Ministre, Manuel Valls (5%) et François Hollande (6%) sont loin derrière et près d’un sympathisant de gauche, sur cinq, estime qu’aucune des 10 personnalités proposées n’incarne la gauche pour l’avenir.

 

Alors que l’élection d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République et la nomination de son Gouvernement bouleversent la vie politique française et particulièrement le Parti Socialiste et Les Républicains, les dix jours de campagne, pour les élections législatives, et le retour du climat des affaires peuvent changer la donne. Mais la tendance est donnée…

 

 

(1) Sondage Ipsos/Sopra Steria réalisé du 26 au 28 mai auprès de 2138 personnes inscrites sur les listes électorales (dont 1.127 certaines d’aller voter et exprimant une intention de vote), constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Échantillon interrogé par Internet selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l'individu, région, catégorie d’agglomération). Pour chaque circonscription, la liste réelle des candidats en présence a été proposée.

 

(2) Enquête Kantar Sofres-Onepoint réalisée par Internet du 24 au 28 mai 2017 auprès d’un échantillon de 2.022 personnes inscrites sur les listes électorales, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. Méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne de référence) et stratification par région et catégorie d’agglomération.

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