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Sud Radio, la radio généraliste et indépendante qui monte

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Après l'acquisition de Lyon Capitale en 2008 et Sud Radio fin 2013, Fiducial, le géant français du conseil aux TPE/PME (comptabilité, finance, informatique...) est en train de se tailler une place aux côtés des grands groupes de médias. Avec une différence : son indépendance ! Rencontre avec Didier Maïsto, président de Sud Radio.

 Qu'est-ce qui a amené Fiducial à s'intéresser aux médias ?

 

Didier Maïsto : Nous avons toujours cherché à proposer différentes techniques et savoir-faire à nos clients, notamment les TPE, qui n'avaient pas la possibilité d'accéder aux services de droit, de ressources humaines, d'informatique... Cela leur laisse l'esprit tranquille pour se concentrer sur leur cœur de métier.

 

Avec désormais 150.000 clients de ce type sur tout le territoire, nous avons pensé qu'il serait bon de passer du savoir-faire au faire-savoir. C'est ainsi qu'est né il y a 17 ans le baromètre Fiducial des TPE, en collaboration avec l'Ifop. De fil en aiguille, nous avons mis un pied dans les médias pour donner la parole à tous ceux qui ont des choses à dire, et pas simplement aux people.

 

 

Pourquoi ce besoin d'aller à la rencontre des Français ?

 

On a vu de manière éclatante avec l'élection présidentielle qu'il y avait finalement deux France. D'un côté la France qui réussit, insouciante, protégée, qui est dans la mondialisation heureuse comme le sont Juppé ou Macron. De l'autre, il y a la majorité silencieuse qui rencontre des difficultés d'emploi, de logement, qui subit l'immigration sauvage...

 

Entre les abstentionnistes, les Mélenchonistes et tous ceux qui ont voté pour Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan, on arrive à plus de 27 millions de personnes ! Ces gens-là aussi il faut les entendre, et arrêter de les insulter.

 

 

 Pourquoi les autres médias ne leur donnent-ils pas la parole ?

 

Les autres radios regardent leur actionnariat ! Notre avantage, c'est que nous sommes réellement indépendants. Nous avons donc une parole libre, sans conflit d'intérêt.

 

C'est ce qui nous permet d'être le relais des gens laborieux. Plutôt que d'exploiter leur souffrance, leur colère, nous voulons en faire quelque chose de positif et de constructif. C'est ce qui permettra peut-être de réduire le gouffre qui se creuse entre les médias, la classe politique et les Français, cette crise de confiance à laquelle nous devons faire face.

 

 

 Dans quel état se trouve Sud Radio lorsque Fiducial la rachète en 2013 ?

 

Elle n'avait plus de radio que le nom. Il n'y avait pratiquement plus de programmes, plus de matinale, plus de direct... Son outil industriel était obsolète. Elle traînait des problèmes financiers, juridiques, judiciaires, humains... qu'on s'emploie à régler. Nous avons repris les dettes, le plan, refait une antenne, une grille qui tient la route.

 

Avec le déménagement à Paris, nous avons aussi revu l'informatique interne, tous les logiciels de diffusion et d'exploitation, les liaisons satellites... Nous avons gardé des bureaux en régions mais l'essentiel des ressources se trouve à Paris, près de la Maison de la Radio, au 104 avenue du Président Kennedy.

 

 

 Du coup, que reste-t-il de Sud dans Sud Radio ?

 

D'abord le rugby ! J'ai fait inscrire dans la convention la couverture de tout le rugby : la Pro D2 et le Top 14. Tous les samedis et dimanches, nous sommes en direct depuis les stades de «l'hémisphère sud». Nous avons gardé des correspondants à Marseille et des reporters en régions.

 

L'idée est de recentrer tous les moyens d'exploitation et de diffusion à Paris, mais de continuer à sillonner le pays à travers nos reportages. Mais pour avoir des invités qui sont dans l'actu, politiques, chefs d'entreprise, artistes... qu'on le veuille ou non, il faut être à Paris.

 

 

 De quelle manière Sud Radio se démarque-t-elle des autres radios de catégorie E ?

 

Inutile de parler fort pour parler juste, on ne veut pas être dans le «gueuloir», comme disait Flaubert. Nous voulons nous différentier en donnant la parole à tout le monde. Chez Sud Radio, il n'y a pas de délit d'opinion. On multiplie donc les interactions avec les auditeurs.

 

Par exemple, dans nos émissions Le Grand Référendum et Seul contre tous, il y a toujours le point de vue, parfois à rebrousse-poil, de l'animateur, confronté à celui des auditeurs et des experts qui apportent des chiffres et des infos purement factuelles. À la fin, les gens sont invités à voter pour ou contre l'animateur, s'il a réussi à les convaincre ou non. Par opposition à la société du spectacle, on ambitionne d'être la société du réel.

 

 

 Qu'est-ce que «l'esprit libre» si cher à Sud Radio ?

 

Il a plusieurs choses. Nous recherchons des gens qui n'ont pas froid aux yeux et qui ne sont pas toujours dans le politiquement correct. Quand on a vu, semaine après semaine, le nombre de Unes et d'articles consacrés à Macron dans les médias de Messieurs Drahi, Berger, Pigasse, Niel... il faut reconnaître que le storytelling était parfait !

 

Maintenant, est-ce que cela fait un projet national ? Je n'en suis pas sûr. Nous avons essayé de porter autre chose, de donner la parole à des gens qui se sont abstenus, qui ont voté pour Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou Hamon... Simplement, nous n'avons pas fait la campagne «vive Macron», «hors Macron point de salut»... Et ceux qui ont osé dire quelque chose de différent ont été taxés de fascistes, racistes, antisémites, xénophobes, homophobes. Pas chez nous.

 

 

 Brigitte Lahaie vous a rejoint en septembre 2016. Qu'a-t-elle apporté à la station ?

 

Elle quittait RMC. Je l'ai immédiatement appelée car je trouve qu'elle a du talent. Elle a transcendé tout ce qu'elle a pu faire avant. Elle a décidé de se mettre à l'écoute et au service des autres. Cela m'a touché. Malgré la difficulté de certains sujets touchy, ce n'est jamais vulgaire, jamais graveleux.

 

Elle fait du bien, les auditeurs peuvent lui parler en toute confiance. Sud Radio ne peut pas faire que de la politique et du débat, il faut aussi savoir donner une place au privé et à l'intime. Notre grille est fondamentalement tournée vers les autres. Pour moi, la radio doit être la caisse de résonance d'une société et non retranscrire ce qui vient d'en haut... Je veux que les gens s'expriment, repensent par eux-mêmes, fassent fonctionner leur esprit critique et sachent que, même s'ils font partie de cette majorité silencieuse, ils ne sont pas seuls.

 

 

 Vous avez mis en cause l'impartialité de Médiamétrie. Votre coup de pied dans la fourmilière a-t-il servi à quelque chose ?

 

Il y a clairement une oligarchie politico-médiatique. Les principales télés, radios, annonceurs et régies sont au capital de Médiamétrie qui, habilement, se fait passer pour un organisme indépendant. Or c'est une société commerciale qui fait des études d'opinion et qui est à la fois juge et partie !

 

Lorsque Sud Radio n'avait pas de programme, elle faisait un certain chiffre. Maintenant que nous avons refait la grille et créé des partenariats avec Public Sénat, TV5 monde, la PQR et des télés régionales... elle fait moins bien ! Il y a un problème ! Nous nous sommes aperçus que les sondages réalisés auprès des auditeurs par téléphone ou Internet ne citaient pas Sud Radio comme les autres stations. Nous avons porté plainte pour que chaque radio soit comptée de la même manière, sur des règles saines que tout le monde peut partager et comprendre.

 

 

 En tant qu'outsider, quelles sont vos ambitions ?

 

Une fois que nous aurons redonné la parole aux Français, que nous serons mesurés comme les autres et que nous serons bien installés à Paris, nous commencerons certainement à communiquer pour faire savoir qui nous sommes et ce que nous faisons. C'est très facile de perdre des auditeurs, très compliqué de se refaire une image. Nous devons donc être prêts en interne et convaincus du programme que nous proposons avant de nous lancer dans la publicité.

 

 

 Lyon Capitale en 2008, Sud Radio en 2013... quelle est la prochaine étape ?

 

Nous allons déjà stabiliser Sud Radio, une marque à laquelle les Français sont très attachés. Tout le monde a une histoire avec Sud Radio. Elle va donc devenir une station pluri-médias avec de la radio, de la radio filmée, de l'Internet et des applications. Ensuite, dans un pays où tout est à vendre, il y a aura peut-être des opportunités que nous envisagerons si cela fait sens.

 

 

 Qui est derrière Sud Radio ?

 

Le très discret Christian Latouche (76 ans), est le P-DG et fondateur de Fiducial. Grâce à une croissance externe et organique soutenue depuis les années 1970, son groupe de services aux entreprises réalise aujourd'hui près d'1,6 Md€ de CA en Europe et dans le monde via un réseau de 1.150 bureaux et 17.340 salariés.

 

Souvent cité dans les classements des plus grandes fortunes de France (estimée à 950 M€ en 2016), l'entrepreneur est aussi mécène de CLIMSO, un instrument astronomique solaire basé à L’Observatoire du Pic du Midi, et du Stade Toulousain depuis 2008.

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