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Refonder la transition énergétique sans oublier la croissance !

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Avec le Grenelle de l’environnement, le paquet énergie-climat européen, la loi sur la transition énergétique, la COP21, les gouvernements et une majorité de Français ont donné leur accord à la lutte contre le risque de réchauffement climatique. Mais si l’avenir de la planète est un sujet prioritaire, la loi sur la transition énergétique doit être adaptée avec un scénario techniquement et économiquement réaliste

La loi sur la transition énergétique qui prévoit d'ici 2030 de réduire les émissions de CO2 de 40%, la consommation d’énergie de 20% et la part du nucléaire dans la production d’électricité de 33% en portant la part des énergies renouvelables à 23%, a oublié deux objectifs essentiels : minimiser les prix de l’énergie pour les consommateurs, maximiser l’indépendance énergétique de la France.

 

Ainsi, réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES, principalement le CO2) est un objectif clair, mais les méthodes imposées pour y parvenir soulèvent de sérieux doutes. La faisabilité de la baisse de la consommation d’énergie est peu crédible. Elle n’est pas effective malgré 10 ans de crise économique, d’investissements dans les économies d’énergie et de campagnes massives de communication.

 

De son côté, le coût brut des nouvelles énergies renouvelables, de 2 à 8 fois supérieur au niveau du marché de gros en ce qui concerne l’électricité, est insupportable pour les ménages et les entreprises. Quant à la baisse d’un tiers de la part du nucléaire d’ici 2025, elle est contradictoire avec l’objectif CO2 et irréaliste.

 

La consommation française d’énergie est modérée par rapport aux autres pays industrialisés, et ses émissions de gaz à effet de serre sont très faibles. Avec 1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, notre pays ne peut pas sacrifier seul son économie.

 

Les 5 idées fausses du plan actuel

 

1. «La part du nucléaire passera de 75% en 2015 à 50% en 2025» : Invraisemblable. Le bilan prévisionnel de l’équilibre offre/demande d’électricité de juin 2016 estime que la baisse de consommation d’électricité ne pourra pas se manifester avant 2021 : «L’influence grandissante de l’efficacité énergétique conduit pour la première fois à esquisser des perspectives de réduction de la consommation électrique d’ici 5 ans».

 

Une formulation extrêmement prudente qui traduit les doutes des auteurs sur le scénario imposé par les responsables politiques. En 2025, la consommation d’électricité étant encore proche de 540 TWh, la baisse de la part du nucléaire de 75 à 50% supposerait l’arrêt en 10 ans de 23 des 58 réacteurs nucléaires existants. Une décision administrative faisable, catastrophique financièrement pour EDF et les consommateurs.

 

Mais ce qui est invraisemblable, c’est la croissance des nouvelles énergies renouvelables et intermittentes nécessaires pour compenser ces fermetures : passer des 5% actuels à 15% en 9 ans est irréaliste pour la production et pour le réseau.

 

 

2. «La consommation d’énergie diminuera de 50% d’ici 2050» : Fondamentale. L’objectif fixé par le gouvernement vise une baisse de la consommation d’énergie de 2% par an. Mais depuis 2003, elle n’a baissé que de 0,06% par an alors que la croissance du PIB par personne n’était que de 0,6% par an. Deux facteurs poussent à l’augmentation de la consommation d’énergie : la croissance de la population prévue à 0,45% par an par l’Ined, et celle du PIB.

 

Dans tous les secteurs, certains facteurs technologiques et sociologiques agissent à la baisse de la consommation d’énergie, d’autres à la hausse. Au total, elle est quasi stable depuis 13 ans, et pourrait légèrement augmenter si l’objectif de croissance du PIB de 1,5% est atteint. L’hypothèse d'une baisse de 50% d’ici 2050 est donc intenable.

 

 

3. «Les nouvelles énergies renouvelables sont presque compétitives» : Trompeuse. Les coûts de production des nouvelles énergies renouvelables sont très supérieurs à ceux des énergies existantes. Les fournisseurs ne les achètent, aux prix fixés par l’État, que contraints par la loi, mais reportent leurs surcoûts sur les consommateurs.

 

En 2016, l’éolien terrestre est la technique la moins éloignée des prix du marché mais avec peu de perspectives de réduction des coûts. Son prix d’achat n’a d’ailleurs pas baissé depuis 10 ans, mais a augmenté. Le coût du solaire photovoltaïque baisse, bénéficiant de celui des cellules importées. Mais elles ne représentent que moins de la moitié des coûts. Les prix de l’éolien marin français sont extrêmement élevés.

 

Le développement de la géothermie est strictement lié au niveau des subventions. La biomasse de première génération est limitée par la ressource disponible, les coûts élevés de collecte et la concurrence avec la production alimentaire. Au total, aucune des nouvelles énergies renouvelables n’est compétitive. Et les prix affichés par les producteurs ne tiennent pas compte de 3 facteurs : l’obligation d’acheter la production de ces sources intermittentes et aléatoires même quand les fournisseurs n’en ont pas besoin ; la nécessaire adaptation du réseau électrique ; les capacités de production nécessaires en stand-by.

 

Tant que le problème du stockage de l’électricité n’est pas résolu, le coût «brut» de ces énergies doit être multiplié par 2 pour connaître leur coût «net». En France, le véritable coût du MWh éolien terrestre n’est pas de 90 mais de 180 €.

 

 

4. «La croissance verte actuelle accroît le nombre d’emplois» : Fausse. Les artisans qui posent des panneaux photovoltaïques ou montent des éoliennes occupent effectivement de nouveaux emplois. Mais les 10 Mds€ de surcoûts annuels payés par les consommateurs manquent ailleurs, éliminant d’autres emplois disséminés, donc invisibles. Un résultat négatif, d’autant plus qu’une grande partie de ces milliards a été dépensée en importations (éoliennes, panneaux photovoltaïques, méthaniseurs). Des méthodes de production moins efficaces que les précédentes n’ont jamais amélioré la performance économique d’un pays ni réduit le chômage.

 

 

5. «La France doit réduire les émissions de CO2 de 75% en 2050» : Excessive. La France produit beaucoup moins de CO2 par unité de PIB et par habitant que les autres pays. Sa responsabilité est de se situer dans la moyenne des pays industrialisés, pas d’handicaper son économie par des engagements inconsidérés.

 

 

Vers une bonne politique énergétique

 

Compte tenu de sa situation économique et sociale fragile, la politique énergétique de la France doit prendre en compte ses besoins, ses atouts et ses possibilités, sans surenchère par rapport aux autres pays industrialisés :

 

- Consommation d’énergie : notre pays se situe parmi les pays les plus sobres en énergie et sa structure de production d’électricité est originale avec une production à 75% d’origine nucléaire et à 10% hydroélectrique.

 

- Émission de CO2 : de 1990 à 2014, la baisse des émissions de CO2 est principalement due à l’effondrement de la production industrielle française et à la crise économique. La France produit peu de CO2 par habitant, mais aussi par unité de PIB, ce qui souligne la difficulté de fortement améliorer cette performance.

 

L’objectif d’émission de CO2 que la France a proposé (-75% en 2050) aurait dû tenir compte de cette situation et des efforts déjà réalisés par notre pays. Il devrait donc être techniquement, socialement et économiquement atteignable, mais aussi comparable aux niveaux atteints par les pays similaires. D’autant plus que le coût des investissements nécessaires pour réduire sa consommation et ses émissions de CO2 augmente de façon exponentielle quand on s’approche des niveaux très faibles.

 

La situation de notre pays est très particulière : 75% de l’électricité est produite par le nucléaire contre 66% à partir des énergies fossiles dans le reste du monde. D’autres pays ont choisi des critères favorables à leur situation. : la Chine s’est engagée seulement sur un pic d’émission en 2030, les États-Unis ont pris comme référence 2005, leur année record d’émission… Un objectif de réduction en pourcentage n’est donc pas équitable vis-à-vis de la France, c’est un objectif de niveau d’émission en valeur absolue qu’il faut fixer.

 

Tant que les autres pays n’ont pas atteint notre niveau d’émission de CO2, il est légitime de limiter nos efforts. En réduisant de 30% ses émissions en 2050 par rapport à 1990, la France restera parmi les pays industrialisés polluant et ayant pollué le moins l’atmosphère, sans même tenir compte du CO2 stocké dans le doublement de la surface de sa forêt depuis le début de l’ère industrielle.

 

 

Besoins en énergie

 

Les besoins constituent la donnée fondamentale de la politique énergétique. D’après la Fondation iFRAP, la demande continuera à progresser pendant les décennies à venir, en moyenne de 0,45% par an. Contrairement à l’objectif officiel de réduction de 50% de la consommation d’énergie d’ici 2050, l’iFRAP prévoit une augmentation de 17%.

 

Les besoins en énergie sont connus, les énergies sont largement substituables et on connaît les sources d’énergie disponibles. Le scénario iFRAP d’énergie pour la France consiste à prévoir comment satisfaire les besoins tout en respectant l’objectif de réduction des émissions de CO2, minimiser le coût pour les consommateurs, et maximiser notre indépendance vis-àvis de l’étranger.

 

Pour parvenir à l’objectif fixé, la France dispose de 2 outils :

- remplacer les énergies fossiles qui produisent beaucoup de CO2 par celles qui en produisent moins (le gaz 50% de moins que le charbon, le pétrole 25% de moins que le charbon) ;

- accroître la production d’énergie sans CO2 actuellement la moins coûteuse et la plus favorable à notre indépendance (nucléaire).

Si des perspectives crédibles d’amélioration de la compétitivité des nouvelles énergies renouvelables se profilaient, le scénario devrait évidemment être réévalué.

 

Ce scénario «allégé» suppose une réduction drastique de la consommation de pétrole, compensée par une augmentation équivalente de celle du gaz. Des scénarios moins extrêmes devront sans doute être envisagés.

 

 

Pour le nucléaire

 

La réduction de l’utilisation des énergies fossiles alors que la demande totale augmente, conduit à un fort besoin de production d’énergie, et en pratique d’électricité, soit d’origine nucléaire soit de nouveaux renouvelables. Les données publiées par EDF sur le coût de leurs achats d’électricité en 2017 montrent que pour des raisons de coût, l’option nucléaire est actuellement incontournable.

 

Les projections à plus long terme (20 ans) confirment ce choix. Les tarifs pour les nouveaux renouvelables se situent entre 90 et 300 € par MWh, mais entre 180 et 600 € en tenant compte de leur intermittence. Ce scénario implique qu’une quarantaine de réacteurs équivalents EPR soient opérationnels en 2050.

 

Notre hypothèse est que la durée de production des 58 réacteurs actuellement en service en France sera prolongée jusqu’à 50 ans. Il semble même probable que la plupart le seront jusqu’à 60 ans comme les réacteurs similaires aux États-Unis, ce qui reculerait de 10 ans la nécessité de remplacer les existants et serait très favorable pour les consommateurs.

 

Un tel programme, nécessaire pour remplacer les réacteurs existants, répondre à l’augmentation de la consommation d’électricité et se substituer aux énergies fossiles, est réaliste sur 34 ans. Le parc nucléaire actuel de 58 réacteurs a été construit en 24 ans à partir de 1978 avec plus de 5 réacteurs mis en service certaines années, et alors que de nombreuses technologies étaient moins performantes.

 

Mis à part l’éolien marin, les montants des investissements initiaux par MW moyen sont relativement proches. L’écart devient très important quand on prend en compte la durée de vie des équipements. Mais le critère le plus pertinent est le prix du MWh produit demandé par les producteurs, qui intègre à la fois les coûts de construction, la durée de vie des centrales et les coûts de combustible et d’exploitation.

 

En 2016, de très nombreux investisseurs (fonds de pension, fonds souverains…) cherchent à investir dans des infrastructures rentables comme les centrales électriques. Certaines entreprises proposent d’ailleurs d’investir, construire et gérer des centrales éoliennes, solaires ou nucléaires sur de longues périodes.

 

Pour les énergies fossiles

La décrue du charbon se poursuivant, le défi consiste à transférer d’ici 2050 la moitié de la consommation de pétrole sur le gaz et sur l’électricité dont les consommations doivent doubler. Les chiffres confirment que, pour réduire les émissions de CO2, c’est surtout dans le secteur du transport que les efforts doivent porter, en développant les véhicules à gaz naturel et électriques.

 

La moitié devrait être au gaz ou à l’électricité dans 35 ans, soit, en France, une montée progressive pour atteindre 1 million de nouvelles voitures de ce type par an à partir de 2035 (⅓ au gaz, ⅔ électriques). Dans ce contexte, la recherche puis l’exploitation du gaz de schiste en France est nécessaire pour améliorer notre indépendance énergétique, notre balance commerciale et notre expertise technologique. Malgré la chute du prix des hydrocarbures, notre commerce extérieur est toujours déficitaire de 50 Mds€ par an.

 

 

Pour les nouvelles énergies renouvelables

 

La stratégie française doit être d’accentuer la recherche pour rendre compétitives les nouvelles énergies renouvelables, y compris le stockage de l’électricité. Il est aussi nécessaire de rester en veille sur leurs modes de production actuels, pour être en position de les utiliser si des circonstances exceptionnelles, comme une nouvelle crise pétrolière par exemple, nous contraignaient à mettre en œuvre des modes de production peu efficaces mais faciles à industrialiser rapidement, notamment les éoliennes.

 

 

Des promesses à abandonner

 

La France est performante pour le niveau de consommation d’énergie par habitant, et un champion en termes d’émission de CO2. Faute d’avoir pris en compte ce point de départ, nos gouvernements ont fait des promesses inconsidérées et conduisent notre politique énergétique dans une impasse.

 

Comme souvent, l’objectif de prestige l’a emporté sur la défense légitime des intérêts de son pays. Depuis 10 ans, la consommation d’énergie ne baisse pratiquement pas, alors que les premiers gains sont les plus faciles à réaliser et que la France a subi une désindustrialisation très importante du fait des délocalisations. Un signal clair de l’ampleur des besoins de base (logement, travail, chauffage, loisirs) légitimes mais non satisfaits d’une grande partie de la population française.

 

Ces promesses doivent être abandonnées, à moins d’accepter un «état d’urgence climatique», avec limitation de la surface des logements par personne, distribution de tickets de rationnement pour l’essence, attribution de bons de kilomètres-voyages en avion, interdiction des climatiseurs et police de surveillance des températures dans les logements et bureaux. Certains en rêvent. Nous le refusons.

 

Un objectif de réduction de 30% des émissions de CO2 par rapport à 1990 nous mettra à égalité avec les principaux pays industrialisés. Il est déjà très ambitieux et implique un remplacement massif du charbon et du pétrole par le gaz, gaz de schiste produit en France de préférence, et un développement du nucléaire.

 

Il suppose le maintien des investissements d’amélioration de l’efficacité énergétique, et une forte progression de l’utilisation de l’électricité et du gaz dans le transport, dans les logements et les bureaux. En parallèle, la recherche sur des méthodes de production et de stockage de l’énergie et sur les réseaux digitalisés et décentralisés, doit être renforcée.

 

Le déploiement de productions actuellement trop coûteuses, notamment l'éolien marin, doit être gelé tant que la recherche n’a pas abouti à des progrès permettant de vendre leur production sans subvention ni obligation d’achat, et que les moyens de stocker l’électricité n’ont pas atteint un stade industriel compétitif.

 

La plupart de ces nouvelles énergies ne requièrent pas de sauts technologiques extraordinaires dont seul l’État pourrait assumer les risques. Dans de nombreux secteurs, les entreprises investissent couramment des centaines de millions ou des milliards d’euros dans des projets auxquels elles croient vraiment (film, téléphone, console et jeux, voiture automobile, médicament…). Les tarifs garantis et les subventions massives conduisent à douter de la confiance des industriels qui développent ces nouvelles filières de l’énergie.

 

Obéissent-ils simplement aux injonctions du gouvernement ou cherchent-ils juste à profiter de subventions ? La situation économique, sociale et financière de la France est très difficile. Comment accepter que des dizaines de milliards d’euros soient engloutis chaque année dans des technologies moins efficaces que les précédentes ? Le plan de transition énergétique de notre pays doit donc être entièrement repensé.

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