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Un patron du CAC 40 mouille sa chemise

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Six ans après son départ de Valeo, Thierry Morin,  l’ex-patron du CAC 40 repart de zéro pour construire patiemment son propre groupe.

Patiemment et presque dans l’ombre, l’ex-président directeur général de Valeo construit sa nouvelle vie d’entrepreneur en reprenant successivement Sintertech (production de composants en métal fritté pour moteurs, boîtes de vitesses et filtres pour la chimie) en 2013, puis F2R (jantes en aluminium) récemment.

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S’il se défend de vouloir «faire un deuxième Valeo» de son tout jeune groupe, Thierry Morin, 63 ans, semble pourtant bien parti...

 

Une courte transition

Diplômé de gestion à Dauphine, financier pendant 10 années au sein du groupe Schlumberger, puis directeur général adjoint de la division ISD de Thomson Consumer Electronics à Los Angeles, Thierry Morin connaît ses plus belles réussites au sein de Valeo, qu’il dirige de 2001 à 2009.

 

«Je suis assez fier d’avoir positionné Valeo sur une trajectoire d’excellence opérationnelle.

J’ai créé un système d’innovations qui a permis au groupe de faire le StopStart, le lane Departure Warning System, le Blind Spot Detection et le parking automatique... tous ces systèmes de pré-navigation sur lesquels nous avons été précurseurs», se souvient-il.


Pas envie de se retirer

Autant dire que, lorsqu’il démissionne du groupe en mars 2009, pas question de songer à la retraite.

«On m’a immédiatement sollicité pour du conseil. J’ai donc créé Thierry Morin Consulting. Le conseil est un métier agréable mais terriblement frustrant. On se rend vite compte que, là ou le bât blesse, c’est l’exécution. J’ai rencontré de nombreuses entreprises et presque toujours constaté qu’elles savaient ce qu’il fallait faire mais n’en avaient pas vraiment envie ! J’ai donc décidé de m’investir autrement», résume le dynamique sexagénaire qui, pendant ces premières années d’indépendance, revêt parallèlement le costume de business angel.

 

«Parmi la centaine de dossiers que l’on m’a présentés, j’ai identifié des pépites dans lesquelles j’ai investi. Là encore, j’ai eu la chance de travailler avec des jeunes pleins de talents, à qui j’ai pu faire profiter mon expérience», commente celui qui soutient notamment les start-up Nanomakers (nano poudre de carbone de silicium) et Pumpart (tubes cosmétiques).

 

L’envie d’entreprendre

Sauf qu’à côtoyer des entrepreneurs, Thierry Morin attrape des fourmis dans les pieds. «Au bout de 2 ans, je me suis mis à chercher des entreprises que je pourrais reprendre, en tant qu’actionnaire majoritaire cette-fois». Son projet ? Mener des PME à l’excellence opérationnelle, comme au temps de Valeo, mais à une plus petite échelle.

 

«Chez Valeo, je ne dirais pas que c’était simple, mais j’étais entouré de conseillers et d’adjoints extraordinaires. Finalement, il me suffisait de donner les bonnes directions», concède l’ex-patron qui se lance pourtant dans le grand bain en mars 2013, avec la reprise de Sintertech.


"Remettre de l’essence dans le moteur"

Cette ancienne division du groupe américain Federal Mogul, spécialisée dans la production de composants en métal fritté pour moteurs ou boîtes de vitesses, compte 3 usines en France. Thierry Morin voit dans cette entreprise terriblement mal gérée, avec des investissements R&D quasi nuls depuis 15 ans et des pertes abyssales, un véritable potentiel.

 

«Il suffisait de remettre de l’essence dans le moteur. Le métier est très porteur mais le marché difficile : il est composé de nombreux petits acteurs, d’où un besoin de concentration. J’ai donc décidé de relever le challenge», confie-t-il. L’entrepreneur, actionnaire à 100%, estime qu’il reste encore beaucoup à faire.

 

«Il faut s’attendre à 2 années difficiles», même si les 15 M€ investis commencent à porter leurs fruits. «Nous avons noté une amélioration très significative des résultats et nos clients historiques nous font à nouveau confiance», se félicite-t-il.

 

Vers un groupe équipementier

Patron ou entrepreneur, Thierry Morin ne fait pas réellement la différence. «À Valeo déjà, j’avais l’impression d’être entrepreneur. Et j’ai toujours agi comme s’il s’agissait de mon argent. Je ne fais pas de distinction entre les DG non actionnaires et les entrepreneurs eux-mêmes. Si l’on n’est pas entrepreneur avant tout, il fait faire autre chose !», insiste-t-il, avant de rappeler qu’à l’époque où il travaillait dans la finance, il n’hésitait déjà pas à convaincre son patron qu’il fallait changer de logiciel ou acheter tel ou tel produit pour garder une longueur d’avance.

 

Rien d’étonnant à ce qu’une seule entreprise ne suffise pas à ce boulimique de travail. Après Sintertech, il reprend F2R (Française de Roues), un fabricant de jantes en aluminium basé à Diors, dans l’Indre. «Une entreprise difficile mais positionnée sur un bon marché, avec une belle technologie», assure celui qui refuse qu’on lui prête des rêves de grandeur.

 

«Si j’avais voulu faire un Valeo, je serais resté chez Valeo ! Ce n’est pas du tout mon ambition. Je recherche des synergies entre les PME. Si j’arrive à créer un petit groupe affichant 200 à 250 M€, je serai extrêmement heureux, à condition qu’il fasse preuve de productivité, d’innovation et qu’il puisse s’internationaliser». Innovation et internationalisation, les prochaines étapes sur la feuille de route de Thierry Morin ?

 

«C’est indispensable dans l’automobile. Avec la crise de 2009, les acteurs français de la filière, qui n’étaient pas présents en Europe, ont pris le bouillon. Pas besoin d’être en Chine, mais au moins en Europe, c’est un minimum». Sintertech ne franchira pas cette étape avant plusieurs années assure l’entrepreneur qui tisse néanmoins déjà des partenariats en Asie.

 

En attendant, l’homme d’expérience se consacre à l’excellence opérationnelle de ses entreprises afin d’avoir «les meilleurs coûts, la meilleure qualité et être là où le client en a besoin», seul moyen de devenir incontournable et de concurrencer les plus grands.

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