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François Fleutiaux : « L’IA générative transforme profondément la façon dont les ESN servent leurs clients »


Ancien directeur général de FUJITSU Europe, puis directeur général d’Orange Business France, François Fleutiaux connaît bien l’écosystème français et européen des ESN. Perspectives du marché, innovations et nouveaux axes de croissance : il répond aux questions d’Entreprendre.fr et livre un diagnostic précis de la filière.

Francois Fleutiaux

Vous avez été directeur général de FUJITSU Europe, puis directeur général d’Orange Business France. Quelle est, à partir de votre parcours, votre vision de l’écosystème tech’ et numérique européen ?

François Fleutiaux : Nous avons connu une année 2024 complexe, mais je reste très enthousiaste sur le secteur de la TECH et du digital en général. En France, nous sommes dans une période de normalisation, à la suite d’une période de fort investissement post-COVID, dont les effets sont amplifiés par les incertitudes liées au contexte politique et géopolitique, dans l’Hexagone et dans le monde.

Toutefois, certains secteurs et certaines technologies permettent de compenser les effets d’un marché moins dynamique et tirent leur épingle du jeu. Je pense évidemment au secteur de la Défense, de l’Assurance, celui de l’Énergie où les développements IT restent très importants, et des ruptures technologiques comme la GenAI ou les investissements ont été massifs, comme on peut le constater aux USA, en Chine et même en Europe. Il reste aussi des fondamentaux puissants, comme les investissements dans des solutions permettant d’améliorer la relation clients et la DATA, au regard de l’IA. Je citerais Salesforce ou ServiceNow.

Vous avez dû faire face à l’arrivée d’un grand bouleversement : l’intelligence artificielle générative. Même si elle n’en est encore qu’à ses balbutiements, elle s’annonce déjà comme une rupture innovationnelle de premier plan. Comment est-elle en mesure, selon vous, de bouleverser les offres des ESN ?

François Fleutiaux : La GenAI transforme de nombreux secteurs tels que celui de la santé, l’éducation ou encore l’industrie. Les investissements dans la recherche et le développement de solutions qui permettent d’optimiser des processus et de résoudre des problèmes complexes dans divers domaines sont en cours.

Après une première phase de découverte et d’expérimentation, les entreprises ont structuré leur approche, avec des implications telles que l’urbanisation des systèmes d’information et la qualité des datas.

On ne peut pas faire d’IA sans une réelle stratégie Data. Les ESN doivent donc avoir la capacité d’accompagner les clients sur ces deux dimensions : la structuration de la démarche et le développement de cas d’usages avant le passage à l’échelle.

La GenAI transforme aussi profondément la façon dont les ESN servent leurs clients. Elles les aident à accélérer les temps de mise sur le marché de nouveaux produits ou services, elle génère des gains de productivité importants. Elle permet aux collaborateurs de se consacrer à des tâches à plus forte valeur ajoutée…

Que ce soit pour nos clients, ou pour nous-mêmes, le plus important est d’accompagner le changement culturel apporté par la GenAI. Apprendre à prompter, démontrer que la GenAi est un complément à l’exécution de tâches quotidiennes, sensibiliser aussi à la protection des données en entreprise en utilisant des environnements protégés me semblent essentiels pour assurer le succès d’une stratégie GenAI de bout-en-bout.

Pensez-vous que les décideurs, au sein des organisations, en comprennent parfaitement les enjeux et sont acculturés aux évolutions que l’IA apporte ?

François Fleutiaux : Évidemment, la maturité n’est pas la même dans tous les secteurs et chez tous les acteurs. D’une manière générale, l’IA séduit le grand public par ses performances souvent impressionnantes (vitesse, qualité d’exécution dans bien des taches de la vie courante). Le mouvement de démocratisation s’accomplit véritablement depuis deux ans grâce à l’essor de l’IA générative. Pour preuve ce chiffre : 85 % des entreprises ont entamé une démarche IA (source : ROI of AI, enquête Morning Consult pour IBM, décembre 2024). Je suis convaincu que les décideurs ont compris l’intérêt de prendre le train en marche.

Les récentes évolutions géopolitiques ont démontré que la menace cyber se faisait de plus en plus puissante, y compris pour les acteurs privés. Les ESN ont-elles réussi à prendre en compte ces enjeux – qui ne sont certes pas nouveaux – et à offrir à leurs clients des solutions robustes et efficaces ?

François Fleutiaux : On le sait, le monde évolue très rapidement et les tensions internationales font peser des menaces importantes sur les systèmes IT. En réponse à ces menaces, les législateurs édifient un cadre réglementaire de plus en plus complexe. Cette complexification, de facto, pousse nos clients à développer une très forte expertise. À nous de travailler avec d’autres ESN pour proposer les solutions idoines sur chaque segment de marché.

Les données de Numeum ont démontré un relatif ralentissement des ESN en 2024, par rapport à 2023. Est-ce une tendance conjoncturelle et peu significative ou considérez-vous cela comme quelque chose de systémique ?

François Fleutiaux : Je pense qu’il faut avoir un regard différent selon les marchés, selon les pays… Les dynamiques ne sont pas les mêmes. En France, post-COVID, il y a eu comme une respiration, une pause après les vastes programmes d’investissements qui ont été mis en place. C’est vrai. Mais en Espagne, dans les Pays de l’Est le marché est très soutenu. À n’en pas douter, l’adoption de l’IA et le passage à l’échelle attendu avec les investissements massifs qui ont été annoncés, doit nous permettre d’envisager 2025 de manière plus positive. 

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